Une prime pour rester en Afghanistan | International | DW

Comment continuer à venir en aide à 35 millions d’Afghans dans le besoin, sans pour autant mettre en danger les travailleurs humanitaires ? Quel statut accorder aux personnels locaux qui travaillent avec des structures allemandes mais sont de nationalité afghane ? Ces questions se posent depuis le retour au pouvoir des talibans. Et avec d’autant plus d’acuité que la GIZ, l’organisme public de la coopération allemande, aurait proposé des primes à ses employés afghans pour qu’ils restent sur place, en dépit du danger.  

>> Lire aussi : L’Afghanistan des talibans, un sanctuaire pour les djihadistes ?

Critiques du marché proposé par la GIZ à ses personnels locaux en Afghanistan

Critiques du marché proposé par la GIZ à ses personnels locaux en Afghanistan

Un an de salaire pour les volontaires

Les critiques formulées à l’encontre de la GIZ (Société allemande pour la coopération internationale) sont vives. Elle aurait proposé à ses employés afghans sur place de toucher un acompte équivalent à an de salaire s’ils acceptaient de rester dans le pays, même sans activité.

En échange de l’argent, les employés devaient s’engager à renoncer à profiter du programme d’évacuation vers l’Allemagne.

>> Lire aussi : Les talibans tuent un proche d’un journaliste de la DW

Konflikt in Afghanistan | Bundeswehr in Taschkent

Des représentants de l’Allemagne et de l’Ouzbekistan comparent les listes des passagers évacués d’Afghanistan vers Tachkent

L’information, révélée par l’hebdomadaire Der Spiegel, a été confirmée par le ministère de la Coopération dont dépend la GIZ. Un porte-parole du ministère a précisé à l’agence dpa que « si la situation sécuritaire était amenée à évoluer, [les personnels concernés] pouvaient [changer d’avis et] s’inscrire sur la liste des évacuations ».

Un marché « repoussant », a tweeté une élue du FDP, « méprisant », renchérit un autre membre du parti libéral.

 

« C’est vraiment répugnant », écrit également une responsable du parti écologiste.

Sur DW TV, Janine Wissler, la cheffe du parti de gauche Die Linke critique elle aussi les décisions du gouvernement allemand. Elle s’eclame que « c’est honteux […de rapatrier] 65.000 litres de bières vers l’Allemagne, mais pas les gens qui ont travaillé pour la Bundeswehr ou d’autres institutions allemandes, ni les militants des droits humains ou les militantes pour les droits des femmes qu’on abandonne à leur sort. »

>> Lire aussi : La peur pour les femmes afghanes

Manifestation à Berlin pour réclamer un pont aérien pour évacuer d'Afghanistan les personnes en danger

Manifestation à Berlin pour réclamer un « pont aérien » pour évacuer d’Afghanistan les personnes en danger

1.800 Afghans ont travaillé avec l’Allemagne

En tout, 1.800 Afghans environ travaillaient avec des structures allemandes parmi lesquels environ 700 pour des ONG. Mais quand les talibans ont repris le pouvoir, l’Allemagne a suspendu ses 375 millions d’aide d’Etat à l’Afghanistan, qui était le premier pays bénéficiaire de l’aide allemande.

S’y ajoutent 75 millions de projets civils également stoppés, et les entreprises allemandes se retirent elles aussi à cause de l’insécurité.

Dans une lettre ouverte, d’anciens employés allemands de la GIZ demandent aux autorités allemandes d’évacuer tout le personnel afghan qui a collaboré avec eux, jusqu’aux chauffeurs ou aux traducteurs, y compris ceux dont le contrat remonte à plus de deux ans.

Des Afghanes réclament le statut de réfugiées en Inde (24.08.21)

Des Afghanes réclament le statut de réfugiées en Inde

« La sécurité, priorité absolue »

En réponse aux critiques, Gerd Müller, le ministre de la Coopération, affirme dans une interview à un journal bavarois (Augsburger Allgemeine) ce mardi ne pas faire confiance aux assurances des talibans et que la sécurité du personnel local est une « priorité absolue » pour son ministère qui suit la situation heure par heure :

« Notre personnel afghan a besoin de notre protection et nous travaillons à plusieurs niveaux pour leur permettre d’avoir une alternative pour évacuer le pays par avion. »

La monnaie a perdu de sa valeur dès le départ des troupes internationales d'Afghanistan

La monnaie a perdu de sa valeur dès le départ des troupes internationales d’Afghanistan

Pour l’instant, le gouvernement allemand ne voit pas de possibilité de continuer la coopération avec les talibans mais il continuera à soutenir les agences de l’Onu comme le HCR ou l’Unicef qui restent, elles, sur place pour répondre aux urgences humanitaires.

Ceux qui restent sur place

Les Nations unies ont indiqué qu’elles continueraient de prodiguer de l’aide à la population afghane mais l’Onu « demande aux talibans de tenir leurs promesses » en matière de droits humains. 

Plusieurs ONG allemandes, comme Misereor, Caritas (le Secours catholique) ou la Welthungerhilfe (agro-action allemande), veulent continuer voire étendre leur action sur le terrain, avec essentiellement du personnel afghan, notamment dans le domaine de l’éducation des filles.

Près de 60% du budget annuel de l’Etat afghan provenait de l’aide étrangère.




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