Scandale d′abus sexuels au Mali: L′enquête de la FIBA traîne | DW Sport | DW

Mi-août, l’équipe nationale malienne des moins de 19 ans a atteint les demi-finales de la Coupe du monde de basketball féminin qui s’est disputée en Hongrie. Une performance impressionnante, surtout quand on sait que cette équipe a été secouée par un scandale d’abus sexuels sur mineurs révélé il y a quelques mois. Une enquête qui traîne pour le moment.

Amadou Bamba dans l’oeil du cyclone

L’enquête ouverte au terme des révélations de Human Rights Watch le 10 juin dernier avait permis de mettre Amadou Bamba, le coach accusé des actes d’abus sexuels sur mineurs, aux arrêts. Depuis, les familles attendent que d’autres responsables qui ont couvert les crimes soient eux aussi interpellés, mais les investigations de la FIBA (Fédération internationale de Basketball) semblent battre de l’aile, et la lanceuse d’alerte risque de ne plus pratiquer son sport.

« Tu es en train de me fuir, je vais t’enlever de ma sélection« . Ce furent les premières menaces de l’entraîneur envers sa victime. Effrayée et en pleurs, il a fallu que ses proches la consolent et lui assurent que son entraîneur n’avait aucun droit de la mettre de côté. Le harcèlement et les avances du coach continuèrent malgré tout, jusqu’à ce que le scandale ne soit rendu public.  

C’est ce que le père de la jeune fille a confié à la DW. Celui-ci a demandé à rester anonyme. 

Privée de coupe du monde pour avoir dénoncé son coach 

La jeune fille paya finalement son refus de céder à son entraîneur, qui a décidé de ne pas la retenir pour la Coupe du monde de basketball féminin des moins de 19 ans.  Pour sa famille et les associations qui s’occupent du scandale d’abus sexuel, la victime paye surtout le fait d’avoir dénoncé son entraîneur. 

Officiellement, la jeune fille a été écartée par sa fédération en raison d’une blessure.Le père de la jeune joueuse a confirmé à la DW que sa fille n’était pas blessée, et qu’une contre-expertise l’aurait bel et bien prouvé. 

Autre détail de l’affaire : l’entraîneur Amadou Bamba, qui a été mis aux arrêts, est défendu par un avocat du nom de Jean Claude Sidibé, qui n’est autre que l’ancien président de la fédération malienne de basket et ancien ministre des Sports. Une personne qui fait donc aussi partie de l’affaire, puisque les révélations de Human Rights Watch montrent que ces abus existent au vu et au su de la fédération malienne de basket depuis près de vingt ans. Pour Romain Molina, auteur français qui a participé à l’enquête originale du New York Times et de Human Rights Watch, la FIBA a couvert l’affaire et n’a pas empêché la suspension de la jeune fille de l’équipe nationale. 

Le flou sur la protection des jeunes filles

Pour l’heure, trois entraîneurs et officiels maliens ont été suspendus. Hamane Niang, le président de la FIBA, ainsi qu’Harouna Maiga, le président de la fédération malienne de basketball, ont été suspendus, mais gardent leurs postes malgré la demande de Human Rights Watch de les exclure définitivement des instances maliennes du basket. 

Les résultats de l’enquête devaient être communiqués après les jeux olympiques et la coupe du monde de basket qui s’est achevée le 15 août dernier. Pour l’instant, il n’y a eu ni résultats, ni condamnations. 

En effet, selon Minky Worden de Human Rights Watch, il n’y a aucune possibilité que les dirigeants de la FIBA n’aient pas été au courant des abus. « Le président de la fédération et tous les dirigeants savaient ce qui se passait mais auraient couvert l’agresseur« , assure-t-elle.

Une source proche du dossier et des familles, Papsone Camara, lui-même ancien joueur de basketball malien a confirmé à la DW « avoir transmis toutes les preuves (photos et SMS à l’appui) en sa possession qui incriminent le coach aux enquêteurs de la FIBA« .

Hamane Niang

Hamane Niang, président de la FIBA

Aucune menace concrète…pour l’instant

L’instance dirigeante du basketball mondial a confié les enquêtes sur le terrain à un cabinet d’avocats dirigé par Richard McLaren, qui a à son tour a engagé l’association Terre des Hommes (une association suisse indépendante) au Mali, qui exerce dans la protection de la vie des enfants et des jeunes, en particulier ceux qui sont les plus exposés aux risques.  

Pourtant ces jeunes filles ont été questionnées par la police sur les événements sans la présence de leurs familles, ni de leurs avocats. 

La FIBA, que la DW a essayé de contacter, n’a pas souhaité répondre à nos questions et nous a envoyé ses communiqués de presse des 14 et 24 juin derniers, dans lesquels l’organisation assure enquêter sur les accusations d’abus des jeunes sportives.   

Quant à l’association Terre des Hommes, elle a affirmé à la DW qu’elle faisait le nécessaire pour protéger les filles et leur apporter le soutien psychologique nécessaire.

Néanmoins, Sidi Mohamed Bah, le coordinateur du programme protection des enfants à Terre des hommes a tenu à clarifier la tache de l’association dans la protection des jeunes filles. « Etant une organisation non-gouvernementale, la protection physique ne fait pas vraiment partie de notre mandat. L’Etat doit assurer la sécurité de tout citoyen malien et nous travaillons en étroite collaboration avec ces autorités« .  Il a aussi assuré que l’association n’a reçu pour le moment aucune menace concrète qui puisse peser sur les familles. 

Le père de la jeune fille qui avait lancé l’alerte a confié à la DW recevoir des intimidations de certaines personnes l’accusant de détruire la fédération malienne de basket. Il n’a toutefois pas peur pour sa sécurité personnelle, mais s’inquiète pour sa fille. 

« J’ai dit à ma fille de ne plus aller s’entraîner puisque le lieu d’entraînement est le quartier natal de l’entraineur inculpé« , a-t-il précisé. 

Une urgence de meilleure protection des sportives

Ces abus dans la sélection nationale ne sont toutefois pas isolés. Le basket malien de clubs aurait les mêmes problèmes. Tout le monde serait au courant mais personne ne reporte ces abus. 

L’ancien basketteur malien Papsone Camara a révélé à la DW qu’un coach de club du championnat malien aurait abusé d’une fille de 16 ans, l’aurait mise enceinte et aurait refusé de reconnaître les faits. Les autorités ne sont toujours pas intervenues.

Selon Minky Worden, il faudra mieux proteger les jeunes athlètes à l’avenir. « Nous devons donc nous assurer qu’avant que cette équipe n’aille encore à une compétition internationale, que ces filles soient protegées, aient une compensation et qu’il y ait des excuses de la FIBA et de la fédération malienne de basket pour avoir mis un agresseur sexuel à la tête de la selection« , ajoute-t-elle. 

Le Mali est un pays rongé par des conflits politiques. Pourtant, ses équipes féminines de basketball ont réalisé d’excellents résultats sur le plan continental et mondial durant ces dernières années. En Hongrie, le Mali est d’ailleurs devenu la première nation africaine à se qualifier pour une demi-finale de coupe du monde féminine des moins de 19 ans. 

Le basketball reste pour ces jeunes filles le moyen de sortir de la misère, de réaliser leurs rêves de jouer à l’étranger et de pouvoir s’occuper financièrement de leurs familles.  




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