Réactions au décès de Hissène Habré | Afrique | DW

« Depuis des mois, avec les victimes, nous avions appelé à ce que Hissène Habré soit vacciné pour le protéger contre la Covid-19 », déclare à la DW, Reed Brody, conseiller juridique de l’Ong Human Rights Watch. Le juriste a accompagné pendant près 30 ans les victimes d’Hissène Habré, jusqu’à la condamnation de celui que l’on a surnommé le Pinochet africain, le 30 mai 2016, à la prison à perpétuité pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité, tortures et viols, commis entre 1982 et 1990.

Malick Sall, ministre sénégalais de la Justice, confirme qu’Hissène Habréavait bien contracté le coronavirus dans la prison du Cap Manuel, avant d’être pris en charge à l’hôpital principal de Dakar, où il est décédé.

Selon lui, « il y a de cela dix jours, la femme de Habré (Fatimé Raymonde Habré, ndlr), est venue voir l’administration pénitentiaire en disant qu’il était un peu souffrant et qu’elle souhaitait qu’il soit effectivement transféré dans une clinique privée. Habré a été transféré dans cette clinique privée. Et c’est dans cette clinique privée, malheureusement, qu’il a attrapé cette maladie. C’est dans ces conditions effectivement qu’Hissène Habré est décédé ».

Émotions après l’annonce du décès

Le décès de l’ancien président tchadien a ému un de ses anciens collaborateur, le général Gouara Lassou. L’ancien ministre des Affaires étrangères d’Hissène Habré affirme cependant n’être pas comptable des crimes imputés à son ancien patron.

« Il a commis des crimes. Mais il y en a beaucoup d’autres qui ont commis des crimes après lui et avant lui. Donc, je ne suis pas comptable de ces crimes », soutient Gouara Lassou.

Espoir chez les victimes 

Si la mort d’Hissène Habré met un terme à l’action intenté contre lui, les victimes peuvent encore espérer être indemnisées, assure Clément Dokhot Abaïfouta, le président de l’Association des victimes des crimes du régime d’Hissène Habré.

« Ça devrait plutôt accélérer les choses du côté de l’Union africaine, accélérer également la mise en place du fonds d’indemnisation des victimes d’Hissène Habré. Que les autorités judiciaires sénégalaises saisissent les biens d’Hissène Habré. Ce qui va constituer le fonds d’indemnisation des victimes », espère celui qui a été arrêté en 1985 par la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), la police politique de l’ancien président, et a passé quatre ans en prison, où il est devenu fossoyeur.

Pas d’hommage national

Le gouvernement tchadien a déclaré qu' »aucun hommage officiel » ne serait rendu à Hissène Habré. L’ex-dictateur, qui a dirigé le Tchad de 1982 à 1990 en menant une terrible répression, est décédé au Sénégal, où il était détenu depuis sa condamnation à perpétuité pour crimes contre l’humanité par une juridiction spéciale africaine.

Le président du CMT, Mahamat Idriss Déby Itno

Le président du CMT, Mahamat Idriss Déby Itno

« Nous ne nous opposons pas à ce que le corps soit rapatrié au Tchad, même si nous avons une pensée pour toutes les victimes de son règne », a-t-il ajouté. « Ce sera à sa famille de décider », affirme Abderaman Koulamallah, le porte-parole du gouvernement tchadien.

La famille ne s’était pas encore exprimée au moment du bouclage de cet article. Aucune indication n’a été fournie sur le lieu de l’inhumation.

Hissène Habré laisse au Tchad l’image d’un chef de guerre et grand patriote qui a cherché à consolider le jeune Etat, mais dont la présidence reste entachée par une féroce répression. Elle aura aussi été marquée par la confrontation, entretenue par la France et les Etats-Unis, avec les forces libyennes de l’ex-dirigeant libyen Mouammar Kadhafi également décédé.

« Combattant du désert »

« Combattant du désert », « homme des maquis », « chef de guerre »: les qualificatifs abondent pour exalter ses qualités militaires du temps de sa superbe.

Son parcours dans les années 1970 et 1980 s’inscrit dans l’histoire agitée du Tchad indépendant dont il a été le troisième président.

Né en 1942 à Faya-Largeau (nord), Hissène Habré- grandit dans le désert du Djourab, au milieu de bergers nomades. Intelligent, il est remarqué par ses maîtres.

Devenu sous-préfet, il part étudier en France en 1963, à l’Institut des hautes études d’Outre-mer. Il étudie ensuite le droit à Paris, y fréquente l’Institut d’études politiques et fait sa préparation à la vie politique en lisant Frantz Fanon, Ernesto « Che » Guevara, Raymond Aron.

De retour au Tchad en 1971, il rejoint le Front de libération nationale du Tchad (Frolinat), dont il prend la tête, avant de fonder avec un autre nordiste, Goukouni Weddeye, le Conseil des forces armées du Nord (Fan).

A partir de 1974, il se fait connaître à l’étranger en retenant en otage – durant trois ans – l’ethnologue française Françoise Claustre, obligeant la France à négocier avec la rébellion.

Il sera ensuite Premier ministre du président Félix Malloum, avec qui il rompra, puis ministre de la Défense de Goukouni Weddeye, président du Gouvernement d’union nationale créé en 1979.

Hissène Habré le nationaliste

Nationaliste convaincu et farouchement opposé au dirigeant libyen de l’époque Mouammar Kadhafi, qui a les sympathies de Weddeye, il rompt peu après avec son ancien allié, déclenchant une guerre civile à N’Djamena, qu’il doit évacuer fin 1980.

A partir de l’Est du Tchad où il a repris le maquis, il combat Goukouni Weddeye soutenu par Tripoli, pour rentrer victorieusement à N’Djamena en 1982.

Son pouvoir, soutenu face à Kadhafi par la France et les Etats-Unis, durera huit ans.

Cette période est marquée par une terrible répression : les opposants – réels ou supposés – sont arrêtés par la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS, police politique), torturés, souvent exécutés.

Une commission d’enquête estimera à plus de 40.000 le nombre de personnes mortes en détention ou exécutées sous son règne, dont 4.000 identifiées nommément.

En décembre 1990, Habré quitte précipitamment N’Djamena, fuyant l’attaque éclaire des troupes rebelles menées par Idriss Déby Itno, un de ses généraux qui a fait défection 18 mois plus tôt et envahi le pays depuis le Soudan. Le président Déby, tué en avril 2021 par des rebelles venus de Libye, dirigera le Tchad d’une main de fer pendant 30 ans.

Chassé du pouvoir, Habré trouve refuge à Dakar pour un exil qui sera paisible pendant plus de vingt ans.




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