Professeur Noureddine Yassaa. Commissaire aux Energies renouvelables et à l’efficacité énergétique (CEREFE) : «L’Algérie est doublement concernée par les décisions des négociations climatiques»

  • Cette COP26 est qualifiée de sommet de la dernière chance. Selon vous, quels seront les axes les plus importants de ce sommet ?

Les négociations climatiques sont assez complexes et nécessitent souvent des cycles de négociations. Les principaux points d’achoppement restent, à mon avis, la révision des ambitions en termes de réduction des émissions de gaz à effet (GES), pour accélérer l’action climatique, la transparence en matière de reporting et de quantification, le marché carbone, la mobilisation du financement nécessaire pour réaliser ces objectifs et aider les pays en développement pour s’adapter aux impacts des changements climatiques auxquels ils ne sont pas historiquement responsables et réduire leurs des émissions de GES et bien d’autres points importants, comme les pertes et dommages.

  • Etes-vous optimiste quant à un éventuel accord en dépit de l’absence d’importants pays pollueurs ?

Beaucoup d’annonces, d’initiatives et de programmes visant à atteindre la neutralité carbone à des horizons 2045, 2050, 2060 ont été faites avant la tenue de la COP26. Cependant, les divergences persistent encore quant aux voies empruntées par les Etats pour atteindre ces objectifs.

Certains Etats misent sur la transition énergétique avec un déploiement massif des énergies renouvelables et le développement de l’hydrogène vert d’origine renouvelables pour atteindre la neutralité en 2045 (Allemagne) et en 2050 (l’Union européenne…).

D’autres intègrent également l’électronucléaire dans leur mix énergétique, alors que certains pays trouvent dans le gaz naturel un bon allié du renouvelable et pas seulement un carburant de transition ou «bridging fuel». Certains pays producteurs de l’énergie fossile tablent sur les solutions technologiques de «Climate Geoen-gineering», exprimées récemment par le terme «Climate Intervention», qui consistent à capter, utiliser et stocker le carbone (Carbone Capture, Utilisation and Storage, CCUS).

Ce sont des technologies qui peuvent être déployées dans les systèmes énergétiques fossiles, notamment dans la production de l’hydrogène blue (hydrogène produit à partir du gaz naturel en captant le carbone). Quoique ces solutions sont contestées par certains experts et associations écologiques à cause de leurs effets secondaires sur les écosystèmes et la biodiversité et considèrent qu’elles n’ont pas encore atteint la maturité technologique nécessaire.

D’autres solutions basées sur la nature (nature based solutions), à travers par exemple la forestation, le barrage vert,… sont également proposées.

  • Pourquoi cette COP26 est-elle importante pour l’Algérie ?

Quoique notre pays n’est pas considéré comme un grand pollueur, puisque ses émissions sont estimées à environ 172 millions de tonnes de CO2 par an (classé à la 33e place au niveau mondial), l’Algérie est doublement concernée par les décisions des négociations climatiques. Il y a lieu de citer ici la vulnérabilité climatique et la vulnérabilité économique.

En premier lieu, l’Algérie est située dans une zone (Hot-Spot du changement climatique) fortement impactée par les effets néfastes du bouleversement climatique, notamment la sécheresse et les vagues de chaleur et donc l’Algérie est très concernée par les mesures d’adaptation et du développement de la résilience climatique.

En deuxième lieu, étant un pays dont la majorité de son économie dépend des hydrocarbures, les décisions visant à imposer des taxes aux émissions de carbone issues de l’énergie fossile dans le cadre du marché carbone et des poli- tiques de neutralité carbone concernent directement notre pays.

Les risques ou les coûts échoués (stranded assets) pour les pays producteurs de l’énergie fossile sont énormes dans le contexte d’une transformation énergétique radicale. C’est pour cette raison que l’Algérie, à l’instar des pays en développement, plaide pour une transition énergétique juste et équitable.

Cependant, les politiques de neutralité carbone annoncées en particulier par l’Union européenne et l’Allemagne peuvent constituer des réelles opportunités pour notre pays afin de développer les énergies renou- velables et l’hydrogène vert (produit à partir des énergies renouvelables) et devenir un «Green Power House of Europe» comme il l’est pour le gaz naturel.

S. O.


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