Les adolescents de Soweto font du spinning | 77% – le magazine des jeunes | DW

Dans un parc de Soweto, des jeunes font tournoyer sur eux-mêmes de longs vélos bas, composé de 2 ou 3 cadres soudés ensemble. Des étiquettes de canette sont collées sur la roue arrière pour la faire glisser. Le corps plongé vers l’avant, Phumelo Ramasegla est acclamé par une centaine de spectateurs et gagne la compétition.

“Quand vous tombez, si vous avez la passion du spinning, vous devenez encore meilleur. Je suis très fier. Je ne sais pas où ce tournoi va nous amener, mais cela peut aller loin. Cela nous distrait des mauvaises choses, comme la drogue et d’autres trucs. Nous encourageons les autres à faire des choses positives. Ma famille sait ce que je fais et ils sont contents. Je rêve de devenir un pilote de course et cela va peut-être m’y amener. »

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Le spinning à vélo est une activité récente. Il imite le spinning automobile, développé par les gangsters de Soweto dans les années 80, au volant de BMW séries 5 et 7, volées dans les quartiers blancs. Kamogelo Bond, 22 ans, est l’un des organisateurs de la compétition

« C’était fait par les gangsters au départ. Celui qui avait la voiture la plus puissante le démontrait en faisant du spinning et il montait en grade. Et depuis lors, cela a évolué. Le spinning automobile est entré dans des spots publicitaires, comme Red bull et d’autres marques. Il y a maintenant des endroits où on peut faire du spinning, sans être arrêté par la police. C’est devenu un sport reconnu. Ce que nous essayons de faire, c’est du spinning avec des vélos pour faire vivre la culture du township. »

L’engagement des jeunes

Kamogelo a organisé la première compétition de spinning en avril dernier, avec un ami d’enfance Mpho Sefako âgé lui de 22 ans. Les jeunes de Soweto veulent désormais prendre leur avenir en main, en créant leurs propres activités dans leur township qui manque de centres récréatifs

« J’ai commencé des études de conservation de la nature mais malheureusement, j’ai dû abandonné par manque d’argent. Mon partenaire, Mpo, dessine des vêtements. Comme vous voyez, je porte un pantalon qu’il a créé. L’idée de ce projet nous est venue en voyant des jeunes faire du spinning. On s’est dit, mec, il faut que ce soit reconnu. Ils nous ont demandé d’organiser une compétition. Mpho et moi, on s’est lancé pour que le spinning continue, car c’est fait dans un bon état d’esprit. Et pour que cela se développe, il faut que les jeunes obtiennent des récompenses. On a acheté les prix avec notre propre argent. On espère qu’on aura bientôt des sponsors. On a contacté des fabricants de vélos mais on n’a pas reçu les réponses qu’on espérait. Ils ne sont pas intéressés. On voudrait vraiment améliorer ce township. Puisqu’ils aiment le vélo, c’est le meilleur moyen pour unir les jeunes. On essaie de les motiver et de leur donner de l’espoir. »

Les filles hésitent encore…

Quelques filles sont présentes parmi la centaine de spectateurs, mais aucune ne participe à la compétition. Elles disent que c’est trop dangereux car les accidents sont fréquents. Selon un journal local, le spinning aurait déjà fait une victime à Soweto.

« Il y a quelques filles, mais elles sont trop timides pour participer car elles ne seraient pas à l’aise de se retrouver seules au milieu des garçons. »

D’autres jeunes préfèrent la version plus calme des vélos bas, sans selles, décorés de divers accessoires : guidons rehaussés, rayons en aluminium, poignées tournantes, haut-parleur. Fana Nlanhla a remporté le premier prix de cette catégorie, avec son vélo rouge aux rayons multicolores. 

« J’ai dû supplier mes parents pendant longtemps pour qu’ils me donnent de l’argent. Ce n’est pas juste faire du vélo, c’est pour impressionner les gens. Plus tard, on achètera des voitures basses, avec des méga sonos. Mon rêve est d’ouvrir un jour, un garage de voitures pour les customiser. »

Fußball WM 2010 Südafrika Soweto Impressionen

Le sport pour lutter contre la violence

Les organisateurs de la compétition ont prévu un défilé de vélos customisés contre les violences à l’égard des femmes. Ils veulent aussi faire passer le message que le vélo, c’est cool, dans un pays où la voiture est reine.

« On essaie de leur faire passer l’idée que le vélo, non seulement, ne coûte pas cher mais c’est aussi bon pour la santé et pour l’environnement. On part de cette culture car je  pense que c’est plus facile pour les convaincre d’aller à vélo à l’école ou au boulot pour lutter contre la pollution de l’air et ce genre de choses. »

Très peu de Sud-Africains, même parmi les jeunes, sont conscients des enjeux du réchauffement climatique, alors que leur pays est l’un des plus gros émetteurs de CO2. Les pistes cyclables sont rares, le vélo électrique est inexistant. La petite reine a encore beaucoup de chemin à faire.

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