Idriss Bouam. Enseignant-chercheur à l’université de Batna 2 : «L’article porte sur la découverte d’un Triton d’Algérie à Bordj Bou Arréridj à 1657 m au-dessus du niveau de la mer»

-Vous avez récemment publié un article scientifique dédié à une récente découverte…

Nous étions à deux derrière la publication de cet article scientifique : Salim Merzougui qui est un amateur de la photographie de la vie sauvage et moi-même. L’article concerne le premier signalement du Triton d’Algérie, Pleurodeles nebulosus, dans la wilaya de Bordj Bou Arréridj, étendant ainsi l’aire de répartition géographique connue de cette espèce. En outre, nous avons enregistré le record d’altitude le plus élevé jamais signalé pour cette espèce, à savoir 1657 m au-dessus du niveau de la mer. Il est à signaler que la présence de cette espèce dans le monde est limitée à une plage latitudinale très étroite et est endémique au nord de l’Algérie et de la Tunisie.

-Depuis combien d’années n’avons-nous pas croisé cet animal en Algérie ? 

En se référant à la carte que nous avons élaborée, nous remarquons, d’une part, que l’espèce a été observée dans plusieurs régions de l’Algérie durant les cinq dernières décennies, plus particulièrement, à l’extrême nord-est du pays (El Tarf et Souk Ahras). Par ailleurs, nous notons que cette espèce n’a pas été signalée depuis plus de 50 ans à Alger, Boumerdès, Constantine, ainsi que dans la région de l’Oranie. Ceci soulève la question de savoir si l’espèce est éteinte dans ces régions à cause des pressions anthropiques, changements climatiques,ect., ou si l’espèce persiste toujours, mais elle n’a pas été signalée.

-Quelles sont les circonstances de cette découverte ? 

En fait, la découverte s’est faite par pur hasard par Salim Merzougui. L’après-midi du 28 avril 2020, lors d’une promenade d’observation de la faune sauvage dans le Djebel Tafertast (commune de Medjana), Salim a pu rencontrer un individu sub-adulte Pleurodeles nebulosus, inactif dans le sol humide sous une pierre, à quelques mètres d’une piste forestière. Salim m’a ensuite envoyé les photos pour identification. Je lui ai donc annoncé que cette espèce n’a jamais été observée à Bordj Bou Arréridj, et que ça serait judicieux de revisiter encore une fois le site (environs immédiats des zones humides) durant la période de reproductivité de l’espèce (novembre-décembre) afin d’avoir plus de détails sur les caractéristiques et la taille de la population. Quelques mois plus tard, plus précisément le 17 novembre 2020, Salim a revisité le Djebel Tafertast et a pu observer cinq autres spécimens de longueurs totales variables allant de 68 à 140 mm, dans cinq localités différentes réparties dans un rayon de 1,5 km du premier point d’échantillonnage. Un résultat qui suggère la présence d’une population bien établie dans cette région. A ce point, j’ai dit à Salim que cette découverte mérite d’être publiée sous la forme d’un article scientifique dans une revue spécialisée en herpétologie.

-Quels sont les renseignements que l’on peut tirer de cette découverte sur l’environnement ? 

Le Triton d’Algérie est une espèce protégée en Algérie par le décret exécutif n°12-235 du 3 Rajab 1433 correspondant au 24 mai 2012 fixant la liste des espèces animales non domestiques protégées, et est classé comme espèce vulnérable par l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN), en partie à cause de sa zone d’occupation relativement restreinte (moins de 2000 km²), qui est sujette à une contraction dans les futurs scénarios de changements climatiques. Par conséquent, les nouvelles données présentées dans notre étude sont d’une importance capitale pour la conservation de l’espèce, car elles permettent une détermination plus précise de l’état de conservation de l’espèce. De plus, ces données élargissent l’amplitude d’altitude connue pour l’espèce en question, reflétant probablement une niche écologique plus large et, par conséquent, une étendue d’occurrence plus importante. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour quantifier les facteurs naturels et/ou anthropiques qui peuvent constituer une menace pour cette espèce dans cette zone.

-Vous avez réussi à élaborer une carte. Sur quelles données vous êtes-vous basé ? 

La carte que nous avons élaborée consiste en une mise à jour de la distribution géographique du Triton d’Algérie dans notre pays. Elle est basée sur trois principales sources : les données bibliographiques, à savoir publications scientifiques et livres), les collections des musées d’histoire naturelle accessibles en ligne, et enfin les données de l’étude publiée.

Par Sofia Ouahib
[email protected]

 

 

Bio express

Le docteur Idriss Bouam est enseignant-chercheur (maître de conférences B) à l’université de Batna 2 (faculté des sciences de la nature et de la vie). Des travaux de recherche scientifique portent essentiellement sur l’écologie et la biodiversité des animaux, notamment celle de l’herpétofaune (amphibiens et reptiles).


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