En Chine, le Parti communiste veut s’attaquer aux «revenus excessifs» pour réduire les inégalités — RT en français


Une réunion au sommet le 17 août autour du président Xi Jinping a abouti à plusieurs décisions concernant une meilleure redistribution des richesses du pays, où les inégalités ont fortement augmenté ces dernières années.

Un nouveau tournant économique en Chine ? Le président Xi Jinping a annoncé vouloir limiter les «revenus excessifs», augmenter les salaires et développer la classe moyenne, selon les médias locaux, relayés par Bloomberg, rendant compte d’une réunion le 17 août du comité central des Affaires financières et économiques du Parti communiste. En somme, selon le très libéral Wall Street Journal, les dirigeants du pays reviennent «aux fondamentaux : moins pour les riches, plus pour les pauvres».

Les participants à la réunion se sont ainsi engagés à «renforcer la réglementation et l’ajustement des hauts revenus, à protéger les revenus légaux, à ajuster raisonnablement les revenus excessifs et à encourager les groupes et les entreprises à hauts revenus à rendre davantage à la société», a décrit l’agence de presse Chine nouvelle. Pour Xi Jinping, il s’agit d’œuvrer davantage à «la prospérité commune» par une redistribution «raisonnable» des revenus les plus importants qui puisse «profiter à tous», dans un pays où le niveau de vie a considérablement augmenté depuis les années 1970.

Les inégalités de richesse et de revenus en Chine se sont trop aggravées

Car la Chine est aujourd’hui un immense marché de centaines de millions de consommateurs appartenant à la classe moyenne, courtisés par les multinationales étrangères, mais les écarts de richesse y sont de plus en plus importants : les 20% les plus riches gagnent plus de 10 fois ce que touchent les 20% les plus pauvres, précise Bloomberg, et les 1% les plus riches possèdent 31% des richesses du pays, selon un rapport du Crédit Suisse cité par Reuters. Et si la Chine détient le record du monde du nombre de milliardaires en volume absolu (2 500 milliards de dollars selon Forbes), le pays n’a officiellement éradiqué que fin 2020 la pauvreté absolue.

Un obstacle au développement que le Premier ministre Li Keqiang avait ciblé quelques mois plus tôt, lors d’une conférence de presse le 28 mai 2020 : «Le revenu annuel moyen par habitant en Chine est de 30 000 yuans [environ 3 900 euros], mais il y a plus de 600 millions de personnes dont le revenu mensuel atteint à peine 1 000 yuans. Avec une telle somme, même dans une ville de taille moyenne, il est difficile de louer un logement.»

«Les inégalités de richesse et de revenus en Chine se sont trop aggravées, les décideurs n’ont d’autre choix que d’y faire face et d’en faire une priorité» et cette réunion autour de Xi Jinping a «porté la question au plus haut niveau», a expliqué au média économique Larry Hu, qui supervise l’économie chinoise pour l’institution financière Macquarie à Hong Kong. La Chine n’a par exemple pas d’impôt sur les successions, «en imposer un aurait un effet régulateur important sur la répartition des richesses», a également estimé Shi Zhengwen, professeur de droit fiscal à l’Université chinoise des sciences politiques et du droit, cité par le média financier Yicai.

Le secteur éducatif repris en main

Les grandes entreprises chinoises, dans la tech notamment, sont bien sûr amenées à participer à l’effort de redistribution : dès le lendemain de la réunion en présence de Xi Jinping, Tencent, l’un de ces géants du numérique, a par exemple annoncé la création d’un fonds de 50 milliards de yuans consacré à un «programme spécial pour une prospérité partagée», visant à augmenter les salaires des classes à faible revenu, améliorer la couverture santé, contribuer au développement économique des zones rurales et permettre un meilleur accès à l’éducation.

En effet, la réunion des dirigeants du parti communiste a également abouti à la décision d’encourager à davantage «d’équité» dans le domaine éducatif, au moment où les coûts prohibitifs des cours de soutien privés sont critiqués. Le mois dernier, Pékin a serré la vis à ce secteur qu’il veut rendre non commercial, car accusé de «tirer profit de parents désireux d’assurer l’avenir de leurs enfants», comme l’explique Mediapart. Le volume des cours va en conséquence être drastiquement réduit. Une mesure qui bouscule de nombreux parents chinois habitués à inscrire leurs enfants à une multitude de cours extrascolaires, souvent onéreux.


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