Élections présidentielle et législatives en Libye : Déjà des appels au boycott

Ces appels interviennent après que le fils d’El Gueddafi, Seif Al Islam, a présenté dimanche sa candidature à l’élection présidentielle, prévue le 24 décembre.

Menaces sur les élections présidentielle et législatives en Libye. Des dignitaires de plusieurs villes ont appelé hier au boycott de l’élection présidentielle de décembre en Libye et de nombreux bureaux de vote ont fermé dans l’ouest du pays sous la pression de groupes hostiles à la candidature d’un fils de l’ex-«Guide», Mouammar El Gueddafi. C’est ce qu’a rapporté hier l’AFP citant des sources locales. «Nous refusons la candidature de ceux qui ont fait un usage excessif de la force face au soulèvement du peuple libyen et qui sont visés par des mandats d’arrêt émanant de la justice libyenne et de la Cour pénale internationale (CPI)», a déclaré le Conseil des notables et sages de Misrata, qui était un des bastions de la révolte contre le régime d’El Gueddafi.

Ce communiqué intervient après que le fils d’El Gueddafi, Seif Al Islam, a présenté dimanche sa candidature à l’élection présidentielle prévue le 24 décembre. Dans le communiqué, diffusé sur Facebook, les notables de Misrata (Ouest) ont appelé les «patriotes libres» à manifester contre la tenue du scrutin, première élection présidentielle au suffrage universel en Libye.

Dimanche, des «chefs, révolutionnaires et notables de Zaouia» à l’ouest de Tripoli ont déclaré «refuser catégoriquement la candidature des deux criminels de guerre, Seif Al Islam El Gueddafi et Khalifa Haftar, recherchés par la justice», selon une vidéo diffusée en ligne montrant des dizaines de personnes réunies sur la place centrale.

La candidature de Haftar, homme fort de l’Est libyen, à la présidentielle est imminente, selon des médias libyens. De son côté, un responsable de la Haute commission électorale (HNEC) a indiqué hier que plusieurs bureaux de vote ont dû fermer la veille sous la pression de «personnes contestant la candidature de Seif Al Islam El Gueddafi à la présidentielle». Selon ce responsable, qui a requis l’anonymat, «plusieurs centres de vote ont été fermés à Zaouia, Ghariane, Khoms et Zliten», où il n’y a pas eu de heurts. Conséquence : les habitants de ces villes inscrits sur les listes électorales ne pourront pas retirer leurs cartes d’électeur.

Aboutissement d’un processus parrainé par l’Organisation des Nations unies (ONU), la présidentielle du 24 décembre et le scrutin législatif prévu un mois plus tard sont censés tourner la page d’une décennie de chaos et luttes fratricides depuis la chute du régime de Mouammar El Gueddafi, tué en 2011 lors d’une révolte populaire.

Le chaos malgré des consultations populaires

A l’effet de soutenir ces élections, Paris a abrité vendredi la conférence internationale sur la Libye à laquelle ont pris part des responsables de la plupart des pays impliqués dans la crise libyenne ou dans son règlement. Dans leur communiqué final, ces dirigeants ont menacé de sanctions les personnes qui, l’intérieur ou à l’extérieur du pays, «tenteraient d’entraver, de remettre en cause ou de manipuler» les élections, selon le communiqué de la réunion. Ils ont appelé également à ce que la présidentielle et les législatives soient «régulières», «inclusives» et «crédibles», a indiqué le texte.

Le 20 octobre 2011, El Gueddafi est tué dans le sillage des révoltes d’une partie des pays arabes qui n’ont pas épargné son pays. Trois jours plus tard, le Conseil national de transition (CNT), organe politique de la rébellion, proclame la «libération totale» du pays. En juillet 2012, les Libyens ont élu la première Assemblée nationale.

Un mois plus tard, le CNT remet ses pouvoirs au Congrès général national (CGN, Parlement). Après une attaque contre le consulat américain à Benghazi, à l’est du pays, qui a coûté la vie à l’ambassadeur américain Christopher Stevens, en septembre 2012, et un attentat contre l’ambassade de France à Tripoli (ouest), en avril 2013, la plupart des missions diplomatiques étrangères ont fermé. En juin 2014, après de nouvelles élections, le CGN, dominé par les islamistes et de plus en plus contesté, est remplacé par un Parlement contrôlé par à les anti-islamistes.

Mais fin août, après des semaines de combats, une coalition de milices, en majorité islamistes, s’empare de Tripoli. Elle rétablit le CGN et installe un gouvernement. Le gouvernement en place jusque-là et le Parlement tout juste élu s’exilent dans l’Est. Le pays se retrouve avec deux gouvernements et deux Parlements.

Fin 2015, des représentants de la société civile et des députés signent au Maroc un accord parrainé par l’ONU. Un gouvernement d’union nationale (GNA) est proclamé. Son chef, Fayez Al Sarraj, s’installe à Tripoli en mars 2016, mais dans l’Est, le cabinet parallèle, soutenu par l’homme fort de l’Est, le maréchal Khalifa Haftar, et le Parlement rejettent le GNA. En juillet 2017, Haftar annonce la «libération totale» de Benghazi des djihadistes. Le 4 avril 2019, il lance une offensive visant à s’emparer de Tripoli.

En juin 2020, les forces du GNA, aidées par la Turquie, reprennent l’ensemble de l’Ouest, en chassant les combattants de Haftar, soutenu notamment par la Russie, l’Egypte les Emirats arabes et des Occidentaux. Le 23 octobre, les parties en conflit signent un cessez-le-feu sous l’égide de l’ONU. Le 13 novembre, 75 délégués libyens réunis en Tunisie s’entendent sur la tenue «d’élections nationales» en décembre 2021.

Le 5 février dernier, ils désignent l’homme d’affaires Abdelhamid Dbeyba Premier ministre intérimaire, au côté d’un Conseil présidentiel (CP) de trois membres. En mars, le gouvernement de transition obtient la confiance du Parlement. Il remplace le GNA et le cabinet dans l’Est. Mais de profondes divisions subsistent entre les deux camps. Le 21 septembre, le Parlement libyen a voté une motion de censure contre le gouvernement de transition du Premier ministre Abdelhamid Dbeyba.

Le vote a eu lieu au cours d’une séance à huis clos en présence du président du Parlement, Aguila Salah, un des pontes de l’Est libyen, allié du maréchal Haftar, qui a gelé ses fonctions militaires en vue de la présidentielle. Le HCE a affirmé son «rejet de la procédure», la considérant comme «nulle» et la jugeant «en violation de la Déclaration constitutionnelle et de l’accord politique» de 2015. Le 4 octobre, le Parlement installé dans l’Est adopte la loi relative aux législatives, un peu plus de trois semaines après la ratification sans vote du texte encadrant la présidentielle, taillé sur mesure pour Haftar.

Le Haut conseil d’Etat (HCE), instance faisant office de Sénat et basée à Tripoli, conteste les deux lois. Le 5, le calendrier du scrutin est modifié : la présidentielle est maintenue le 24 décembre, mais les législatives prévues le même jour sont repoussées d’un mois. Le 8 novembre, ouverture du dépôt des candidatures pour les élections.

Le 6 novembre, le CP annonce la suspension de la ministre des Affaires étrangères, Najla Al Mangoush, avec interdiction de quitter le territoire d’ici la remise sous 14 jours d’un rapport sur des «irrégularités administratives» qu’elle aurait commises. Une commission d’enquête doit vérifier si elle n’a pas pris «des décisions d’ordre politique sans consulter» le CP, l’organe présidentiel libyen. Le lendemain, le Premier ministre défend sa cheffe de la diplomatie.

«La nomination, le limogeage, la suspension ou la mise en examen d’un membre de l’Exécutif (…) relèvent des prérogatives exclusives du Premier ministre», a-t-il affirmé dans un communiqué. Il donne instruction à Mme Mangoush d’ignorer la suspension, de «poursuivre son action» et a réitéré «son appréciation» pour ses efforts dans l’exercice de ses fonctions.

Amnay Idir


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