Des navires de la Cnan toujours bloqués à l’étranger : Le syndicat dénonce le «bradage» du fleuron de la flotte nationale

Le sort de quatre navires de la compagnie publique de navigation maritime détenus à l’étranger reste incertain. A l’exception du Tamanrasset, le Timgad, le Tinzirene, le Gouraya et le Saoura sont toujours bloqués en France, en Italie, en Espagne et en Belgique.

En dépit des déclarations rassurantes du ministre des Transports sur le règlement de la crise liée à la détention de cinq navires du pavillon national par les autorités portuaires française, belge, espagnole, et italienne, pour certains depuis le début de septembre dernier, pour d’autres depuis un mois, la situation reste inquiétante.

A l’exception du Tamanrasset, qui aurait obtenu le quitus pour quitter les eaux territoriales françaises, les quatre autres bateaux font face à l’intransigeance des autorités de sécurité maritimes, qui exigent non seulement le virement des salaires des marins embarqués (avec paiement des heures supplémentaires et congés), la mise en place de conditions de travail à bord adéquates avec un stock de vivres et du nécessaire pour une bonne hygiène de vie, mais aussi en matière de réparation de toutes les pannes et de constitution d’un stock suffisant de pièces de rechange.

En clair, aucun navire ne pourra quitter les ports sans mise en conformité avec la réglementation internationale maritime liée à la sécurité de navigation et au respect des droits socioprofessionnels des marins. Le Tinzirene devra faire le transbordement de colis très lourds, pour être mis sur un autre navire qui arrivera dès le début de la semaine, sans moyens électriques en raison de la défaillance d’un générateur. Une opération à la charge de l’armateur, qui sera dans l’obligation de louer deux autres générateurs, au prix de 40 000 euros par 12 heures d’activité.

Une situation qui pose inéluctablement le problème de négociation des chartes-parties avec l’affréteur allemand, qui a obtenu les meilleurs navires, le Tinziren et surtout le Timgad, pour 10 050 dollars la journée et non pas 1050 dollars comme annoncé par erreur, alors que la moyenne des prix tourne actuellement autour de 25 000 dollars par jour.

Dans une lettre adressée aux plus hautes autorités, juste après la visite «inopinée» du ministre des Transports, Aïssa Bekkai, au siège de Cnan-Nord, à Alger, la semaine dernière, le secrétaire général du syndicat des travailleurs de la Cnan-Nord et président du comité de participation de l’entreprise, Khiri Bensouna, a indiqué que le débat avec le ministre a porté essentiellement sur «les solutions à apporter en matière de déblocage et d’évitement d’éventuels nouveaux blocages de navires».

Il précise que «la présence du ministre, au premier rang, ne nous a pas permis de faire état des nombreuses et croissantes irrégularités. Et ce, eu égard aussi au fait que les pouvoirs publics aient apporté leur soutien financier pour débloquer les navires retenus à l’étranger». Le représentant des travailleurs exprime son regret, en disant : «Malheureusement le Timgad, fleuron de la compagnie, n’a pas eu cette chance. Il a été lamentablement bradé à l’affréteur pour une exploitation d’une durée minimale de 5 ans (durée de renouvellement des certificats) sans aucun bénéfice pour la compagnie. Dans quel état sera-t-il le jour de sa remise ?»

Le syndicaliste relève que les raisons invoquées par les responsables sont les dettes et les pénalités, mais «il s’avère qu’aucune enquête de la brigade économique n’a été ouverte alors que cette situation fragilise le patrimoine de l’Etat».

«Pertes colossales»

Dans sa lettre, Bensouna évoque le cas du navire Tinzirene et écrit : «Il est regrettable que les cadres concernés n’aient pas porté plainte contre l’affréteur pour la piètre qualité du fuel embarqué et responsable des défaillances du moteur principal, occasionnant des travaux très onéreux. Le navire a été mis en off hire et a généré des gains supplémentaires au profit de l’affréteur et au détriment de l’entreprise, victime de pertes colossales supplémentaires.» Bensouna déplore en outre le recrutement d’officiers étrangers qui semblent en villégiature, s’adonnant à la pêche, logeant dans un hôtel de luxe, n’étant même pas en mesure de signer une passation de consignes remise par le staff algérien. «N’est-ce pas là une offense, voire un outrage au drapeau algérien ?» s’indigne-t-il.

Il s’offusque contre le fait «d’attribuer à ce staff étranger un salaire mensuel de 1 milliard de centimes alors que les membres de l’équipage algérien attendent désespérément leur salaire depuis 3 mois ? N’est-ce pas de la discrimination ? N’est-ce pas une façon de reconnaître que l’équipage national est inférieur à un équipage étranger ? N’est-ce pas de la déconsidération à l’encontre des hommes qui continuent leur besogne sans être payés en étant en plus soucieux du devenir de leurs familles à terre, le plus souvent nécessiteuses ?» poursuit-il.

Le rédacteur de la lettre rappelle toutes les actions de protestation contre la gestion de la compagnie, menées par le syndicat depuis près de deux ans : «Nous avons contenu notre parole envers monsieur le ministre, nous avons gelé un sit-in de centaines de travailleurs qui réclamaient leurs salaires depuis 3 mois, mais nous étions au rendez-vous prévu. Le directeur général actuel a été désigné sans qu’aucune feuille soit tracée pour répondre à la légitime et compréhensible inquiétude, pour ne pas dire angoisse des travailleurs sur l’avenir de la CNAN et sur l’avenir incertain et compromis de familles laissées pour compte.» En conclusion, le président du syndicat de la Cnan-Nord relève qu’il est «bien triste de donner du grain à moudre à la presse nationale et internationale et de faire le jeu de tous les détracteurs étrangers de notre pays en leur donnant le bâton pour nous battre. Où va la Cnan ? Qui protège ses prédateurs ? Pourquoi le silence du groupe Gatma ? Sommes-nous en train de revivre l’épisode de l’affréteur et homme d’affaires saoudien  Gheit Pharaon (qui a saisi, il y a quelques années, plusieurs navires de la Cnan et les revendus, ndlr) ? Qui va protéger le patrimoine national et son pavillon ?»

Devant un tel constat, y aura-t-il enfin une enquête sur les raisons qui ont conduit à la mise en danger de la flotte maritime, au moment où le pays a le plus besoin d’elle, en raison de la flambée des prix du transport maritime ?

Salima Tlemçani


Post Views:
501



Source link

Check Also

Benabderrahmane reçoit un appel téléphonique de son homologue française

Foot/ sélection algérienne: déclarations des joueurs avant le match amical face au Nigéria – lundi …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.