Démangeaisons : pourquoi est-ce qu’on se gratte ?


« Pourquoi se gratte-t-on ?« . C’est la question posée par Julien Alexandre à la rédaction de Sciences et Avenir sur notre page Facebook. Il s’agit de notre question de la semaine, et voici notre réponse. Merci à tous pour votre participation et votre fidélité.

Des voies moléculaires complexes

Une réponse à cette question a été avancée en 2016, dans un article publié dans la revue Journal of Biological Chemistry. Des chercheurs de l’Université de Duke, aux Etats-Unis, y expliquent avoir identifié chez la souris la protéine responsable de l’envie de se gratter. Nommée TRPV4, elle est présente dans la couche supérieure du derme. Pour prouver l’implication de cette protéine, les chercheurs ont exposé des souris génétiquement modifiés, privées de TRPV4 dans les cellules de la peau, à des produits chimiques allergisants causant des démangeaisons. Les rongeurs n’en souffraient pourtant quasiment pas.

Selon l’étude, quand la protéine s’active, elle conduit les cellules de la peau à libérer une molécule appelée « endothéline-1 », impliquée dans les sensations de douleur et de démangeaisons. De plus, les chercheurs ont découvert que l’activation de TRPV4 déclenche « un flot » de calcium dans la cellule, ce qui active une autre protéine appelée ERK, elle aussi impliquée lors d’une démangeaison, comme l’évoquait Sciences et Avenir dans un précédent article. Les chercheurs voulaient ensuite développer des médicaments contre les démangeaisons en bloquant les voies moléculaires impliquées. D’ailleurs, déjà en 2016, ils étaient parvenus à mettre au point une pommade bloquant TRPV4 et ERK chez la souris.

Une vidéo, publiée sur la chaîne Youtube de conférences en ligne TED, évoquait de manière plus large la démangeaison lors d’une piqûre de moustique. Dans ce cas, en piquant, le moustique libère un composé anticoagulant dans l’organisme de sa victime. Problème : nous y sommes légèrement allergiques. Il conduit donc à la libération d’un composé chimique appelé histamine, qui va provoquer un agrandissement du diamètre des vaisseaux sanguins, d’où une accélération de la réponse immunitaire dans la zone touchée. Mais l’histamine déclenche aussi l’activité des nerfs liés à la démangeaison. 

Le cercle vicieux de la démangeaison

Vous avez sûrement remarqué que lorsque une zone vous démange, et que vous vous grattez, vous avez parfois encore plus envie de vous gratter… jusqu’à vous faire mal. En 2014, ce cercle vicieux de la démangeaison a fait l’objet d’une étude du Centre d’étude de la démangeaison de l’Université de Washington. Selon celui-ci, lorsqu’on se gratte, on remplace la démangeaison par une très légère sensation de douleur qui provoque une libération de sérotonine par le cerveau dans le corps. En supplantant la démangeaison, cette sensation parait donc agréable, alors même qu’il s’agit en fait d’une douleur, même si celle-ci est infime.

Le problème, c’est qu’à force de se gratter, cette sensation va s’intensifier et révéler ainsi sa vraie nature : une brûlure douloureuse. « Alors que la sérotonine se propage du cerveau vers la moelle épinière, nous avons trouvé que l’élément chimique pouvait ‘dérailler’ et passer des neurones sensibles à la douleur aux cellules nerveuses qui peuvent influencer l’intensité de la démangeaison, expliquait Zhou-Feng Chen, le directeur du Centre d’étude de la démangeaison à l’origine de l’étude publiée dans la revue Neuron et relayée par Sciences et AvenirLe fait de se gratter peut atténuer la démangeaison en la remplaçant par une légère douleur. Mais lorsque le corps répond aux signaux de la douleur, cette réponse intensifie encore plus la démangeaison. » L’idéal est donc d’éviter de se gratter. Même quand ça gratte.


Source link

Check Also

Coronavirus : le point sur la pandémie dans le monde

Nouvelles mesures, nouveaux bilans et faits marquants : un point sur les dernières évolutions de …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *