Décès de Loucif Hamani, légende nationale et internationale de boxe : Merci champion !

Il était noble tel l’art qu’il pratiquait. Il était notre « greatest », notre champion. Une légende de la boxe algérienne. Le grand Loucif Hamani s’en est allé. Il est décédé mardi soir à 23h15, à la clinique Pasteur, à Vitry-sur-Seine, à Paris et ce, à l’issue d’une crise cardiaque. Il était atteint de la maladie de Parkinson. Il avait 71 ans.

Le nom de Loucif Hamani-dont la procédure de rapatriement est en cours depuis Paris et l’inhumation sera effectuée en son village natal d’Igoufaf (commune d’Aït Yahia, wilaya de Tizi Ouzou), est intimement et solidement lié et relié à l’art pugilistique algérien.

Il a marqué toute une époque, celle des années 1970, l’âge d’or de la boxe défendant les couleurs et hissant l’emblème national dans le concert des nations. Il était de la race des seigneurs. Il avait de qui tenir. Une prestance et majesté issues de famille. Le côté battant provient de sa mère et celui combattant de son père. Une généalogie, une extraction de graines de champions. Une force de frappe. Droitier et gaucher, il a gagné des titres et des médailles, mais pas en chocolat.

Champion d’Algérie (1969), médaille d’argent aux Jeux méditerranéens d’Izmir (Turquie), médaille d’or aux Jeux méditerranéens d’Alger (1975) et aux Jeux africains (1978), croisant les gants et le fer avec des adversaires redoutables, il sera champion d’Afrique des poids super-welters devant le Nigérian «Sea» Robinson, perdra contre l’Américain Marvin Hagler, ou encore remportera la fameuse victoire en dix rounds contre l’Américain Emile Griffith (1976).

Quand on rencontre Loucif Hamani, on découvre une force de la nature et… grandeur nature. Une force tranquille imposant le respect. Quand on lui serre la main, c’est une massive «pince», un étau. C’est son «poing» fort ! Le nez épaté, la coquetterie du pugilat, Loucif Hamani, sexagénaire et toutes ses… dents, jure avec la gérontologie. Alerte, il a de beaux restes, et de surcroît aucun cheveu blanc. Sinon, cette allure figée de son cou provoquée par la maladie de Parkinson tout comme son idole, le champion de boxe de tous les temps, Muhammad Ali.

Quand il évoque sa carrière, ses yeux brillent et pétillent. Son histoire ressemble à la chanson The Boxer de Simon & Garfunkel : « Je ne suis qu’un pauvre gars/bien qu’on ne raconte pas souvent mon histoire… ». Au nom de ma mère Ses références en boxe sont Chérif Hamia, son mentor. Il vénère Muhammad Ali pour le style et Rocky Marciano, pour la force de frappe.

Quand on discute avec Loucif Hamani, une relation amicale se tisse au fil de l’échange, vous êtes aussitôt adopté. Et il vous ouvre son cœur : « je suis au village d’Igoufaf, dans la commune d’Aït Yahia, en Grande Kabylie…

Ma regrettée mère (1916-2012) a eu sept mort-nés. Moi et mes deux sœurs, Kaïssa et Tounsia, avons survécu. Elle a failli devenir folle quand j’ai eu la rougeole. Mon père n’avait pas les moyens pour aller chez le médecin. Il était manœuvre… Il partait à pied des mois à M’sila pour vendre du savon. C’était la guerre. Elle était une moudjahida (résistante contre le colonialisme français). Elle avait été condamnée à mort. Elle avait purgé deux ans de prison. Alors que j’étais très jeune…».

Loucif Hamani évoque ses parents avec tendresse surtout sa mère. Sa regrettée maman était son porte-bonheur. Elle accompagnait son fils de héros dans tous ses combats. Elle était fière de lui. Flash-bah : parti en France en 1954, puis en 1959, Loucif Hamani sera inscrit à 8 ans au Boxing Club de Choisy-Le-Roi (Val-de-Marne, Paris) sous les auspices de son coach Julien Teissonnières, son deuxième père.

Il aime à l’appeler «Le prof» par-ci, par-là. A 16 ans, premier combat amateur officiel, premier K.O, au premier round. «On m’avait prédit que j’allais devenir un futur champion. Mais je n’y croyais pas. Je voulais draguer les filles (rire). Mais Tessonnières venait et me prenait de force à l’entraînement. Quand je sortais tard, je dormais chez lui, à 78 km de Choisy-Le-Roi, à Orly. Mon père ne voulait pas que je boxe. Il voulait que j’aie un métier. Et je faisais l’école buissonnière. Moi et les études, cela fait deux…». Nous avait confié le regretté Loucif Hamani.

Représentant l’Amicale des Algériens en France, il sera champion d’Algérie en 1969. KO au premier round. Et il réitèrera cela six fois. Au fil des ans, Loucif Hamani s’amendera en changeant de catégorie de poids. Mouche, cop, plume, léger, super léger, welter, super welter, et puis moyen.

A propos du match des JO de Munich en 1972, il n’a jamais oublié la victoire qu’on lui avait volée alors. «J’avais gagné la médaille d’or contre Alan Minter, mais on m’a relégué à la médaille d’argent. C’était le Septembre noir. Tous les Arabes ont été battus. Je voulais renter à Alger…». Carlos Monzon : « Hamani, un diable ! »

Le moment phare de sa carrière fut son grand combat au palais des sports à Paris contre le boxeur américain Emile Griffith (décédé le 23 juillet 2013), plusieurs fois champion du monde. «Si je boxe encore contre Loucif Hamani, je boxe gratuitement.» dirat-il. Il respectait Hamani.

Pour l’anecdote, le champion du monde des poids moyens, l’Argentin Carlos Monzon (décédé le 8 janvier 1995), avait demandé un sparring-partner. «Ramenez-moi Loucif !». Mais Carlos Monzon fera vite de déchanter : «Ramenez-moi un boxeur, pas un diable !». En six rounds, Carlos Monzon n’a pu toucher une fois Loucif, il avait 22 ans. Delon, Belmondo, Halliday ses fans Du coup, le Tout Paris est en totale admiration pour ce jeune boxeur algérien. Les Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Annie Girardot, Marlène Jobert, Denise Fabre, Enrico Macias, Johnny Halliday, ou encore Sylvie Vartan. Il a même été acteur dans le film Juliette et Juliette (1974). «Amateur, j’étais mieux payé qu’un professionnel. J’étais comme une star de football actuelle. Le grand acteur Alain Delon me disait toujours : ‘‘Je suis prêt à t’aider’’».

C’est lui qui a payé le voyage aux USA pour le combat contre Marvin Hagler. Il voulait organiser un Championnat du monde à Alger. Mais quelqu’un de haut placé à l’époque avait refusé. Alain Delon voulait que la recette soit versée aux nécessiteux. «Je l’ai revu récemment, il m’a dit : ‘‘Depuis que tu es parti, il n’y a plus de champion’’.».

A propos du président Houari Boumediène, Loucif est laudatif : «Boumediène m’a toujours récompensé. Il m’aimait comme son fils. J’entrais dans son bureau comme dans un café. C’est lui qui m’a recruté comme fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères. Il était content de moi quand je hissais le drapeau algérien. Après sa mort, on m’a mis aux oubliettes. Il y a des gens que je dérange. Il y a deux ans, on a eu un rendez-vous avec Mohamed Tahmi, ministre des Sports, pour un hommage à ma mère et mon jubilé à la salle Harcha, à Alger. Même la date avait été fixée. Le ministre avait donné son accord. Mais depuis, aucune suite. Silence radio…».

La relève de Loucif Hamani est assurée par ses fils, Samir et Rachid qui a été trois fois champion d’Algérie (2006-2007-2009), Champion d’Afrique (Casablanca 2005) et Médaille d’or aux jeux méditerranéens (Pescara, Italie, 2009). Son rêve, c’était un grandiose jubilé-show. Merci champion !

K. Smail


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