COP26 : L’optimisme des politiques et le pessimisme des spécialistes

Les premiers engagements de la COP26 sont rendus publics et même signés par plusieurs pays. Après trois jours de travaux du sommet, sur le fond d’une polémique portant sur les jets privés empreintés par les participants, on tranche enfin sur la réduction du méthane et préservation des forêts. Les dirigeants de la planète viennent enfin au «secours» du climat.

Deux accords phares ambitionnant de contenir les très néfastes gaz à effet de serre. Un discours presque unifié mais surtout optimistes des politiques. Les dirigeants mondiaux : «Il est plus que temps de sonner la charge contre le réchauffement climatique.» «Il est urgent de contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2 degrés d’ici 2100». «Le moment est venu de dire assez  aux énergies non renouvelables.» «Nos enfants et nos concitoyens nous regardent et ils attendent de nous un engagement concret.» «Les yeux de l’histoire nous regardent», alors «mettons-nous au travail». Plus réaliste, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, se déclare toutefois «prudemment optimiste» sur les chances de succès de ce sommet. Malgré l’annonce de pactes mondiaux pour enrayer la déforestation et les émissions du très polluant gaz méthane, «il y a encore un très long chemin à parcourir», a-t-il assuré.

Les scientifiques, quant à eux, sont plutôt pessimistes. C’est ce que révèle un sondage mené par la revue Nature auprès de 92 scientifiques ayant participé à la rédaction du dernier rapport de GIEC. Les climatologues ne sont guère optimistes quant aux engagements qui seront pris par les États. Le sondage révèle que 60% d’entre eux s’attendent à ce que le réchauffement de la planète dépasse les 3°C d’ici à la fin du siècle par rapport aux niveaux préindustriels. «C’est bien au-delà de l’objectif de l’accord de Paris de limiter le réchauffement à 1,5-2 °C», commente Nature. Le secrétaire général de l’ONU avait lui aussi tiré la sonnette d’alarme. «Soyons clairs, il y a un risque important que Glasgow ne tienne pas ses promesses», a-t-il déclaré. «Certaines annonces climat récentes ont pu donner l’impression d’un tableau plus positif. Malheureusement, c’est une illusion (…)»

Débrief de trois jours de travaux d’une Cop la plus médiatisée et la plus attendue dont les travaux et les négociations se poursuivront encore pendant dix jours.

 

Afrique…«on ne peut plus attendre»

L’Afrique, émetteur insignifiant de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, mais continent le plus vulnérable face au changement climatique. Dans le sud de Madagascar, qui fait face à une famine causée par le changement climatique, plus de 1,3 million de personnes sont dans une situation de détresse alimentaire, l’absence de pluie depuis plusieurs années a rendu impossible toute activité de subsistance. Le président malgache, Andry Rajoelina, lors d’un sommet pour l’accélération de l’adaptation en Afrique affirmait que ses compatriotes endurent le tribut d’une crise climatique à laquelle ils n’ont pas participé. L’ONU décrit cette situation comme la première famine au monde directement causée par la crise climatique. «Pour un continent qui contribue à hauteur d’environ 3% aux émissions de gaz à effet de serre, l’Afrique ne peut pas être livrée à elle-même pour en gérer les effets de plus en plus néfastes», a résumé le président de la République démocratique du Congo (RDC) Félix Tshisekedi, président en exercice de l’Union africaine et à l’initiative de la réunion.

Une « dette écologique» des pays riches

Les pays riches, donc pollueurs, ont aujourd’hui une dette écologique envers les Etats pauvres. Les propos du pape étaient clairs et directs mardi. Il appelle à la mobilisation tous azimuts. Via un texte lu par le secrétaire d’Etat du Vatican, le chef de l’Eglise catholique a appelé à contrer la crise climatique grâce à une action «comme au lendemain de la Seconde Guerre mondiale», dans laquelle les nations coopèrent les unes avec les autres et aident les plus pauvres. Il a également affirmé que les pays riches avaient une «dette écologique» envers les Etats pauvres, en raison de leur utilisation disproportionnée des ressources qui nuisent au climat.

Réduire les émissions de méthane de 30% d’ici 2030

Une première. Pas moins de 100 pays, dont l’Union européenne et les Etats-Unis, se sont engagés à réduire de 30% par rapport à 2020 les émissions de méthane d’ici 2030. Ce gaz est responsable d’«environ 30%» du réchauffement de la planète depuis la Révolution industrielle et pourtant ce méthane (CH4) est l’un des gaz que «nous pouvons réduire le plus vite et le réduire ralentirait immédiatement le réchauffement climatique», selon la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Le méthane dispose surtout d’un pouvoir de réchauffement qui serait 80 fois supérieur au CO2 d’ici 20 ans. Les signataires représentent 70% du PIB mondial.

Les éco-activistes bougent

Extinction Rebellion se fait entendre dans la rue. Les militants du mouvement de désobéissance civile Extinction Rebellion ont bloqué Waterloo Street, l’un des principaux axes du centre-ville de Glasgow, mardi dernier, au troisième jour des travaux. Les éco-activistes se sont réunis devant une banque JPMorgan pour demander la fin des financements bancaires accordés aux énergies fossiles. Pour l’instant les éco-activistes des autres mouvements n’ont pas encore réagi, même si des réactions sont affichées sur les réseaux sociaux. Ils sont dans l’esprit de «Wait and see»…

Protection des forêts

Première décision ou promesse de COP 26 : un engagement pour la protection des forêts. Une centaine de pays, représentant 85 % des massifs boisés mondiaux, se sont engagés à réduire la déforestation d’ici 2030. Mardi au 3e jour des travaux du sommet, la Chine, la Russie, la France, l’Australie et les Etats-Unis s’engagent à faire partie de cet accord. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a salué cet engagement, tout en rappelant que la signature était la «partie facile». A charge des gouvernements de mettre les promesses en actes.

Les pollueurs absents

Au premier jour de la Conférence, ni le président russe, Vladimir Poutine, ni le chef d’Etat chinois, Xi Jinping, ni celui du Brésil, Jair Bolsonaro, ne sont présents. Les trois pays figurent pourtant parmi les plus pollueurs. Selon le Global Carbon Atlas, la Chine avait émis 10 175 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère en 2019, prenant la première place de ce triste classement, devant les États-Unis et l’Inde. La Russie figurait à la quatrième place, avec 1678 millions de tonnes de CO2. Le Brésil était de son côté 13e (466 millions de tonnes). Au deuxième jour, le président irakien, Barham Saleh, dont le pays est l’un des plus vulnérables au changement climatique, a annulé sa participation «en raison de la situation politique et sécuritaire» dans son pays.

 

Par Nassima Oulebsir
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