AVC : à l’assaut des caillots résistants

Cet article est issu du magazine Sciences et Avenir – La Recherche n°897 daté novembre 2021.

Avant ils finissaient tous dans les poubelles des hôpitaux, tels de vulgaires déchets. Aujourd’hui, les scientifiques les conservent et les manipulent avec précaution pour les étudier et surtout comprendre comment mieux les traiter. « Ils », ce sont les caillots qui finissent parfois par obturer une ou plusieurs artères cérébrales. En clair, les principaux responsables des accidents vasculaires cérébraux (AVC) – 85 % de ces derniers sont dus à un caillot, 15 % à une hémorragie. Un fléau qui concerne à des degrés divers de sévérité une personne toutes les cinq secondes dans le monde. Ici, à l’hôpital Fondation Rothschild à Paris, une biobanque leur est entièrement consacrée. « Made in France », elle est la plus importante d’Europe. Dans les tiroirs de ses deux vastes congélateurs reposent par – 80 °C dans de la carboglace plus de 1500 lamelles de verre. Sur chacune, un caillot (dit aussi thrombus), un amas de cellules sanguines (globules blancs, rouges, plaquettes) et de fibrine, la principale protéine du sang contribuant à leur formation.

C’est sur cette banque que repose le programme de recherche Booster. Coordonné par le Pr Mikael Mazighi, neurologue à l’hôpital Fondation Rothschild, il a été lauréat en 2019 de l’appel à projet de recherche hospitalo-universitaire en santé (RHU) de l’Agence nationale de la recherche. « Notre objectif est de faire émerger une médecine personnalisée de l’AVC en situation d’urgence« , explique le spécialiste. De fait, la prise en charge de l’AVC, dont les premiers symptômes demeurent mal connus (lire l’encadré ci-dessous), est largement perfectible. Aujourd’hui, seuls 15 % des patients bénéficient du traitement de référence, la thrombolyse, c’est-à-dire l’injection intraveineuse de médicaments dits antiplaquettaires pour faire fondre le caillot. 140 centres sur le territoire peuvent réaliser ce geste. Mais pour être efficace, il doit impérativement être réalisé au maximum quatre heures et demie après les premiers signes.


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