Un esthète épris d’algérianité, de culture et de citadinité

Le défunt Abdelhakim Meziani lors de l’hommage conjointement célébré par l’Association des amis de la rampe Louni Arezki Casbah et la direction générale des archives nationales, le 10 mai 2014 en son siège Les Vergers, Birkhadem, à l’endroit de Reimar Holzinger, un militant autrichien de notoriété historique de la guerre d’indépendance de l’Algérie dont nous reviendrons plus loin afin de mettre en exergue un épisode significatif d’universalité de la révolution algérienne.

Une image iconographique expressive de l’allant, d’élégance de l’artiste brutalement emporté par la faucheuse, après une longue et pénible maladie qui a fini par avoir raison de son admirable courage d’exemplarité jusqu’à l’ultime souffle où il a stoïquement rendu l’âme le 22 juillet 2021 à l’âge de 72 ans.

Pour une culture d’algérianité et de citadinité

Qui ne se souviendra pas de cette avenante silhouette familière au don d’ubiquité active sur tous les espaces des relais médiatiques, presse, radio, télévision pour œuvrer avec passion et constance au rayonnement de la culture algérienne et de la matrice anthropologique de sa citadinité algéroise. Celle-ci, auréolée de la Çanâa «d’El Bahdja – Alger la Blanche» avec ses lumineuses noubas, qui fût le creuset culturellement civilisationnel dès la prime enfance de Abdelhakim Meziani, un connaisseur de raffinement en la matière viscéralement attaché aux splendeurs du patrimoine ancestral de sa Casbah natale.

Cette cité Antique pour laquelle il n’avait de cesse de s’investir inlassablement et opiniâtrement à la résurgence et à la réappropriation d’un legs incommensurablement précieux d’une culture patrimoniale d’historicité et d’universalité à dessein de sa pérennisation en direction de la jeunesse et des générations montantes. Un parcours foisonnant de labeur et d’actions culturelles tenacement et assidûment menées par Abdelhakim Meziani dans cette perspective qui était un des sens de sa profonde motivation existentielle.

Du journalisme, son métier professionnel initial, exercé dans de nombreux titres de la presse nationale entre autres El Watan, Liberté, l’Expression et revues telles que Révolution Africaine, Jeune Afrique, Afrique Asie et les 2 Ecrans où il excellera avec perspicacité en communicateur et animateur culturel par ses innombrables et brillantes contributions qui par la teneur et la portée de leur niveau se convertirent en un forum de débats culturels d’une dimension nationale à la cinématographie qui était également son cosmos étoilé de prédilection d’idées et d’échanges en critique de référence avisé, Abdelhakim Meziani était aussi un esthète du 7e art friand de rhétoriques, créatives, projetées et fixées par l’image.

Du journalisme culturel à la cinématographie

Dans ce contexte, il fut le premier fondateur de l’Association algérienne des fameux Ciné-Clubs en Algérie, une innovation de grand succès à l’époque des années 70 où à ce titre il a participé à de nombreuses manifestations cinématographiques à travers des festivals et congrès à l’échelle nationale et internationale où il se distinguera par le couronnement de prestigieux Prix et distinctions qui lui ont été décernés par des institutions de réputation mondiale à l’instar du Prix du Syndicat français du cinéma en 1995 doublé du Prix de la critique cinématographique italienne en 1996, en complétant son palmarès par sa participation aux prestigieuses Journées cinématographiques de Carthage en qualité de membres du jury.

Les relais audiovisuels étaient ses vecteurs privilégiés en supports d’essaimage de la thématique culturelle et patrimoniale qu’il développait avec brio dans de fréquentes émissions télévisées avec une experte maîtrise communicationnelle appropriée à l’impact de la prestation et de la grande audience de celle-ci. En pédagogue inspiré d’animation et de production culturelle Abdelhakim Meziani initiait et soutenait des conférences thématiques, centrées autour de l’univers livresque avec la création d’un espace attractif d’échanges, de confrontations, de partage et de réflexions propice au savoir et à la connaissance dont le livre demeurera incontournablement la source lumineuse d’éveil et d’érudition.

Une passion livresque activement partagée

C’était son Agora du livre crée d’abord au Centre culturel Larbi Ben M’hidi et tenacement réactivé ensuite à la Media-book de l’Entreprise nationale des arts graphiques- ENAG, à la rue Khelifa Boukhalfa, une véritable liesse littéraire, lyrique et poétique où il invitait de nombreux auteurs qui rassemblaient des auditoires de qualité où avec sa magistrale méthode de modération, il amorçait de fructueux débats au ravissement de l’ensemble des participants à ces chaleureuses et édifiantes rencontres livresques. Une démarche intellectuelle pragmatiquement incitative ainsi appliquée à dessein d’être un apport de stimulation au renouement avec la pratique de la lecture hélas décadente et régressive dans notre pays au fil des années.

Un adepte «Zyriabien» de la Çanâa algéroise

Comme indiqué en introduction de cette évocation, Abdelhakim Meziani qui était un adepte « Zyriabien» pétri de musique andalouse a passionnément contribué pour l’épanouissement, la sauvegarde et la perpétuation de celle-ci au sein d’Associations notamment la prestigieuse El Fekhardjia créée en 1981, dont il était membre fondateur avec un de ses amis le Professeur Smain Hini, qui lui aussi nous a précocement quittés, il y a une année, le 30 juillet 2020, à l’âge de 74 ans, victime de ce ravageur et mortifère coronavirus. C’est ainsi qu’il s’est avec engouement et enthousiasme attelé des années de sa vie durant à une participation effective, féconde et valorisante aux initiatives du mouvement associatif culturel.
Dévoué et omniprésent pour l’essor du mouvement associatif culturel
A ce titre et en symbiose avec sa vocation de dévouement à l’acte culturel et artistique Abdelhakim Meziani a été un des plus proches et fidèles amis de notre Association des amis de la rampe Louni Arezki Casbah où activement omniprésent à toutes les manifestations culturelles menées par celle-ci, il a sagacement concouru avec la subtile démarche intellectuelle et pragmatique qui était la sienne à la réussite de véritables carrefours de la culture patrimoniale de la mémoire et de l’histoire dans la trame des valeurs d’algérianité de dimension universelle. Une opportunité pour une remémoration de l’événement exceptionnel que fut l’hommage rendu à Reimar Holzinger précédemment cité en préambule de cette rétrospective mémorielle, pour rappeler que cet Autrichien, natif dans le sud de l’Autriche, issu d’une lignée familiale progressiste de gauche, membre du Parti socialiste était une personnalité de renom qui a spontanément adhéré et soutenu la Révolution algérienne dès son déclenchement du 1er Novembre 1954 sous le nom de clandestinité du moudjahid Si Abderrahmane décédé à Vienne le 20 janvier 2012.
A son dernier souffle, le défunt a tenu dans l’intimité familiale à formuler à son épouse et ses deux enfants, son vœu le plus cher ardemment ancré en lui qui était de rejoindre l’univers céleste de l’au-delà dans un cercueil drapé de l’emblème national algérien. Ce serment exhaussé, qui a fait date à Vienne dans l’inédit de la mémoire autrichienne par son effet de solennité a généré une grande émotion auprès de l’immense et impressionnant cortège qui a accompagné le regretté Reimar Holzinger -moudjahid Si Abderrahmane enveloppé d’un superbe drapeau algérien en une symbolique d’amour d’éternité de l’Algérie pour son ultime voyage.
Un pan d’histoire universel pérennisé par Abdelhakim MEZIANI
Captivé et séduit par ce fabuleux pan d’histoire Abdelhakim Meziani a tenu à l’immortaliser à travers une émission télévisuelle spéciale qu’il a magistralement réalisé à la salle des conférences des Archives nationales avec la participation de Peter Holzinger le fils du défunt Reimar Holzinger, invité d’honneur en la circonstance avec d’autres personnalités autrichiennes dont Hans Mozer, le président de l’Association d’amitié algéro-autrichienne créée en 1963 toujours par Reimar Holzinger, cet infatigable et illustre militant européen des causes justes avec les membres pionniers de cette mémorable initiative vouée à la perpétuation générationnelle des liens historiquement scellés entre les peuples d’Algérie et d’Autriche.
Une œuvre en récit et nouvelle préfacée par Kateb Yacine
A ce propos, il serait judicieux de rappeler que l’histoire de l’Algérie et particulièrement la phase cruciale de la guerre de Libération nationale constituait pour Abdelhakim Meziani un centre d’intérêt primordial qui fut à l’origine en 1983 de sa première publication aux éditions SNED et Publisud d’un prenant récit intitulé Le premier Novembre dans la Mitidja suivi d’une nouvelle El Djezaïria , l’Algérienne compilés en un remarquable ouvrage préfacé par Kateb Yacine avec cet extrait d’un épilogue de sublimité hélas révélatrice et démonstrative d’une aberrante vérité quant au statut paradoxalement concédé à la femme dés l’issue de l’épreuve de feu au front du combat libérateur pourtant et solidairement partagée en sacrifices communs avec l’homme. «Ce n’est donc pas pour rien que les femmes ont aidé les hommes dans toutes les luttes de la Libération nationale. Mais que font les hommes pour aider les femmes à se libérer ? C’est l’une des questions qu’on se pose en lisant ce livre. Il faut le lire et le faire lire, car il est digne de figurer dans les bibliothèques de l’Algérie nouvelle» fin de citation Kateb Yacine. Des actions importantes de par la portée de leur impact et marquantes aussi car durablement empreintes du souvenir impérissable de Abdelhakim Meziani qui dans l’accomplissement de la volonté divine a rejoint le monde meilleur de l’Au-delà céleste avec la Miséricordieuse clémence d’Allah le Tout- Puissant l’accueillir en la rahma en son Vaste Paradis. Un mois déjà depuis cette fatidique étape de la destinée ainsi marquée par une affective évocation de la pensée par l’ensemble des membres de l’Association des amis de la rampe Louni Arezki Casbah et ses nombreux sympathisants qui en la circonstance tiennent une fois de plus à réitérer à la famille du cher défunt et à ses proches, leur compassion appuyée de sympathie et de soutien. «A Dieu nous appartenons et Lui nous retournons.»
Lounis Aït Aoudia
Président de l’Association des amis
de la rampe LouniArezki Casbah


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