Racismes, idéologies à l’école… La France épinglée dans un rapport russe sur les droits de l’homme — RT en français


La diplomatie russe s’intéresse, dans un rapport, à la situation des droits de l’homme dans certains pays qui aiment à les invoquer. Les problèmes de racisme, de violences policières et les enjeux de protection de l’enfance en France y sont abordés.

Dans un rapport publié le 8 juillet dernier, le ministère russe des Affaires étrangères épingle les atteintes aux droits de l’homme dans un certain nombre de pays européens et anglo-saxons, parmi lesquels certains ont justement, selon Moscou, la prétention d’être des «démocraties avancées» et d’«établir des normes» en matière de protection des droits humains.  

«Malgré de multiples discussions et réaffirmations du principe d’universalité des droits de l’homme […], la question des droits de l’homme est encore utilisée par certains pays pour servir leurs intérêts politiques et comme prétexte d’ingérence dans les affaires intérieures des Etats indépendants en violation de leur souveraineté», fait valoir la diplomatie russe en introduction de son document, sobrement intitulé : «La situation des droits de l’homme dans certains pays.» Parmi la quarantaine de nations étudiées dans ce rapport, qui s’appuie notamment sur des productions d’organes de l’ONU ou sur le travail d’ONG, figure la France. 

L’Hexagone y est épinglé, pêle-mêle, pour ses conditions d’accueil des migrants et réfugiés, ses législations menaçant les libertés individuelles au nom de la lutte antiterroriste, ses conditions de détention en prison, ses violences policières, ses limites au travail de journaliste ou encore sa prégnance d’actes racistes, xénophobes ou antireligieux, de la part d’individus ou des forces de l’ordre.

Racisme et actes antireligieux

Concernant cette dernière thématique, la diplomatie russe cite, parmi de nombreux exemples, une décision du défenseur des droits de la République dénonçant des pratiques de «profilage de personnes sur des critères exclusivement liés à ce qu’elles sont», de la part de la brigade de police secours et de protection (BPSP) dans le Xe arrondissement de Paris, entre 2012 et 2018. Cette décision de Jacques Toubon, datée de 2019, évoquait notamment des «ordres et consignes discriminatoires enjoignant de procéder à des contrôles d’identité de « bandes de Noirs et Nord-Africains » dans un secteur défini», et «des évictions systématiques de « SDF et de Roms »».

Le ministère russe fait également référence à un document de juin 2015 de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale des Nations unies, qui épinglait les abus dont sont victimes les Roms en France, dont des «violences répétées par des personnes privées et […] l’usage excessif de la force par la police lors d’évacuations forcées de campements».

De nombreuses organisations de défense des droits humains, dont l’ONG SOS Racisme, ne surveillent pas du tout les crimes raciaux contre les Blancs

Au-delà des abus dont sont accusées les forces de l’ordre, le document russe rappelle les 11 300 infractions enregistrées en 2020 par les services de police et de gendarmerie nationales français, comprenant les crimes et délits (5 500) et contraventions (5 800) commis en raison de l’ethnie, de la nation, d’une prétendue race ou de la religion.

Dans le détail, le rapport de la diplomatie russe s’inquiète de la montée de l’antisémitisme rapportée par les ONG, relève une baisse des actions hostiles ciblant les musulmans et s’intéresse, enfin, au racisme contre les Blancs en France. «De nombreuses organisations de défense des droits humains, dont l’ONG SOS Racisme, ne surveillent pas du tout les crimes raciaux contre les Blancs», affirme le document russe. En tout état de cause, le président de SOS Racisme Dominique Sopo rejette la notion de «racisme anti-blanc», mais il est à noter que l’ONG avait condamné le clip du rappeur Nick Conrad intitulé «Pendez les Blancs», considérant qu’il «véhicul[ait] de façon évidente du racisme».

Sur le thème du racisme anti-blanc toujours, le rapport russe affirme que l’Etat français «tente de toutes les manières de se distancier des appels des populations européennes à les protéger d’un « racisme noir »», sans donner plus de détails.

En ce qui concerne la haine contre les religions, la diplomatie russe rappelle, entre autres, que le ministère de l’Intérieur français a publié pour la première fois en 2019 des chiffres sur la actes antichrétiens (1 063 recensés en 2018 et 1 052 en 2019). Elle note également que face à ces problèmes, un Office national de lutte contre la haine a été créé en 2020 afin d’aider la gendarmerie dans ses enquêtes sur les actes antisémites, antimusulmans et antichrétiens.

Droits des enfants et lobbyisme LGBT

Une autre des sujets relatifs aux droits de l’homme en France sur lesquels s’attarde le document de la diplomatie russe est la protection de l’enfance. La situation de celle-ci est, selon les termes de Moscou, «ambiguë». D’une part, juge-t-elle, «les organismes français de contrôle social en charge des droits de l’enfant dans la famille sont connus pour leur sévérité presque absurde». Le document pointe une «terminologie vague» dans la législation pour déterminer ce qui relève d’abus parentaux, qui permettrait trop aisément de retirer aux parents la garde de leur enfant.

D’autre part, le ministère russe s’étonne, très spécifiquement, que les mêmes autorités de contrôle social françaises ne semblent pas se soucier du fait que certains enfants vivent toute la journée dans la rue en compagnie de mendiants. «Ces enfants grandissent dans des conditions insalubres, se livrent souvent à des larcins et à la prostitution à l’instigation d’adultes, et ne reçoivent pas d’enseignement obligatoire», poursuit le document russe. Interrogé sur ce sujet en juin 2016, le ministère français de l’Education nationale avait rappelé que, selon le droit du pays, «lorsqu’un enfant d’âge scolaire est trouvé par un agent de l’autorité publique dans la rue ou dans un lieu public, sans motif légitime, pendant les heures de classe, il doit être conduit immédiatement à l’école ou à l’établissement scolaire auquel il est inscrit ou […] à l’école publique la plus proche». Il avait également affirmé que «tous les enfants mineurs présents sur le territoire national relèvent de la protection de l’enfance, quelle que soit leur nationalité ou leur situation».

Sur la thématique de l’enfance toujours, la Russie considère que l’éducation sexuelle dans les écoles françaises est devenue «un outil de promotion des intérêts de la communauté LGBT». Le document russe prend pour exemple l’introduction, sous la présidence de François Hollande, de l’enseignement de la «théorie du genre» dans «le programme éducatif de plusieurs centaines d’écoles et de jardins d’enfants», à titre expérimental. L’initiative a rencontré une importante résistance au sein de la société, selon la même source, et a été suspendue.

Il est fait référence ici, vraisemblablement, aux «ABCD» lancés à l’automne 2014 dans 600 classes volontaires dans le but affiché de déconstruire les stéréotypes filles-garçons, et abandonnés en juin 2015, après plusieurs mois de polémique menée notamment par la droite et les opposants au mariage homosexuel. «Les opposants aux « ABCD » dénonçaient une présumée « théorie du genre » qui nierait les différences sexuelles», selon l’AFP, qui précise qu’après l’abandon des «ABCD», Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education à partir de la rentrée 2015, s’était rabattue sur une formation des enseignants plus pointue sur les sujets d’égalité filles-garçons.

Le ministère russe des Affaires étrangères semble par ailleurs considérer l’adoption d’enfants par des couples de personnes de même sexe comme une atteinte aux droits des enfants : «Une autre violation systématique des droits de l’enfant qui n’apparaît pas dans les rapports des ONG occidentales de défense des droits humains est également liée au lobbying pour les droits et les intérêts des personnes LGBT dans les relations de famille. Sous François Hollande, les mariages homosexuels ont été légalisés et de telles unions ont obtenu le droit d’adopter des enfants», indique ainsi le rapport russe.

Droits de l’homme : la Russie dans le viseur de la France et d’ONG 

Si Moscou souligne, dans ce rapport, ses sujets d’inquiétude quant au respect des droits de l’homme en France, Paris, de son côté, dénonce régulièrement ce qu’elle considère être des violations des droits humains en Russie. En janvier dernier par exemple, commentant les arrestations de participants à des mobilisations non-autorisées en Russie, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian avait dénoncé une «dérive autoritaire très inquiétante» de ce pays. 

Plus encore, la France a plusieurs fois formulé des injonctions à la Russie, appelant notamment à la libération d’Alexeï Navalny (un activiste russe, placé fin février 2021 en colonie pénitentiaire après la révocation d’un sursis prononcée en 2014, pour violations répétées des conditions de celui-ci). De même, lors de sa fameuse rencontre avec Vladimir Poutine à Versailles le 29 mai 2017, le président français Emmanuel Macron avait indiqué à son homologue russe «les attentes de la France» quant au «cas des personnes LGBT en Tchétchénie» et «des ONG en Russie».

Les accusations françaises rejoignent en partie celles d’ONG internationales telles qu’Amnesty International, qui dénonçait pour l’année 2020 en Russie l’exposition des «manifestants pacifiques», des «défenseurs des droits humains» et des «militants civils» à des arrestations et à des poursuites, la «persécution des Témoins de Jéhovah» ou encore la «discrimination» et les «persécutions» subies par les «personnes LGBTI».

Si les piques de la France à la Russie sur la question des droits humains sont régulières, les critiques de Moscou à l’encontre de Paris sont elles, souvent, formulées en réaction à des accusations. L’exécutif russe s’est par exemple permis d’invoquer la gestion de la crise des Gilets jaunes en France, lorsque la supposée persécution de manifestants pro-Navalny a été soulevée par la presse ou par les autorités françaises.

Aussi, comme le suggère d’ailleurs l’introduction du rapport russe, peut-on sans doute comprendre la publication de ce texte comme une manière d’inviter l’Occident, friand de remontrances sur les droits de l’homme, à balayer devant sa porte.


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