Premier traitement pour un trouble rare du sommeil


Ce sera le premier médicament de l’hypersomnie idiopathique (voir encadré), un trouble du sommeil rare et très handicapant, défini par une hypersomnie excessive diurne sans récupération pour le dormeur. Commercialisé par le laboratoire américain Jazz, cette solution buvable, le Xywav (calcium, magnésium, potassium, oxybate de calcium) avait en fait déjà obtenu une première indication pour un autre trouble du sommeil, la narcolepsie avec ou sans cataplexie (perte du tonus musculaire) chez l’adulte et l »enfant de plus de 7 ans sous la dénomination de Xyrem. Cette suspension chimiquement très proche du GHB, dite aussi « la drogue du viol » (rape drug), vient donc cette fois tout juste d’obtenir le feu vert de la Federal Drug administration dans une nouvelle indication, l’hypersomnie idiopathique. Le Xywav, est en fait la version très réduite en sodium du Xyrem.

Feu vert et alertes orange

Mais sous ce feu vert on trouve quelques alertes orange. Selon un récent article du New York Times, au sein même de la commission de la FDA, la récente approbation n’a pas été accordée à l’unanimité et ce pour plusieurs raisons détaillées par les détracteurs : trop petit effectif (une centaine de patients), données non encore publiées et simplement communiquées lors d’un colloque scientifique, une balance bénéfice-risque qui reste pour certaines discutable et enfin le fait qu’il n’y ait pas eu de recours à un comité consultatif.

Interrogée par le quotidien américain, la spécialiste française de cette pathologie, le Pr Isabelle Arnulf, spécialiste des troubles du sommeil au CHU de la Pitié-Salpêtrière à Paris qui a elle participé aux travaux, a pour sa part déclaré que malgré quelques effets secondaires (nausées, anxiété, étourdissements), les scores de somnolence des patients s’étaient très notablement améliorés, et ce de manière rapide,  d’où l’enthousiasme des partisans de la molécule.

A noter que le mécanisme d’action du Xywav reste à ce jour encore mal connu. La substance active de Xyrem, l’oxybate de sodium dont le Xywav est donc un dérivé, est un dépresseur du système nerveux central. On pense qu’il s’attache à des récepteurs présents à la surface de certains neurones. Ce phénomène aurait pour conséquence de modifier l’activité du cerveau en favorisant les ondes « delta » (lentes) et le sommeil nocturne. Les effets du Xywav sont très rapides et il est recommandé de ne le prendre (une solution buvable mélangée à de l’eau) qu’au moment du coucher. La FDA a précisé que le médicament ne serait pas disponible dans les pharmacies et que sa prescription demeurerait très encadrée.

C’est quoi l’hypersomnie idiopathique ?

Imaginez dormir de manière excessive dans la journée, faire des siestes fréquentes peu reposantes, sans compter des nuits de sommeil de sept heures voire de dix. Mais pour ces personnes atteintes d’hypersomnie idiopathique (plutôt des femmes), la sensation de repos récupérateur n’est jamais au rendez -vous. Cette affection rare ne survient que chez une personne sur 10.000 lorsqu’elle est associée à un sommeil de longue durée (10 heures) et chez une personne sur 100.000 pour un sommeil de durée habituelle (7). Elle se révèle curieusement généralement avant 30 ans et le sommeil nocturne ne présente lui aucune d’anomalie de rythme ou de durée. Par contre, le réveil est toujours très difficile, marqué par une inertie ou une ivresse du sommeil pouvant durer plusieurs minutes à plusieurs heures. Elle est surtout caractérisée par une hypovigilance continue, une facilité d’endormissement et des accès de sommeil diurnes souvent longs et peu reposants. Quant aux causes, elles sont encore mal connues, la piste d’un peptide hypnotique endogène stimulant certains récepteurs cérébraux, ceux à Gaba (acide gamma-aminobutyrique ) étant suspectée et toujours en cours d’étude.


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