Moscou dénonce un forum international contre le rattachement de la Crimée à la Russie — RT en français


Une cinquantaine de pays dont la France se sont réunis à Kiev pour dénoncer le rattachement de la Crimée à la Russie. Moscou a qualifié cet évènement d’«hostile» et d’«antirusse».

Le 23 août, l’Ukraine et une cinquantaine de pays ont condamné à Kiev le rattachement à la Russie de la péninsule ukrainienne de Crimée ayant eu lieu en 2014. Une déclaration commune a été adoptée au cours du premier forum du genre, intitulé «Plateforme de Crimée» et dénoncé par Moscou.

Le Kremlin a exprimé ses critiques à l’encontre de cette rencontre par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov, qui s’est exprimé en ces termes : «Nous considérons cet événement comme extrêmement hostile […], antirusse». Il a par ailleurs précisé que la Russie n’acceptait pas les allégations d’«annexion» à l’égard de la Crimée.

La France présente à ce forum visant à une plus grande fermeté contre la Russie

Ce soutien verbal à l’Ukraine des participants au forum intervient alors que le pays n’a eu cesse ses derniers mois de se plaindre de la frilosité de ses partenaires qui refusent qu’elle adhère à l’Otan, maintiennent des accords gaziers avec la Russie ou refusent de lui livrer des armements offensifs. A l’approche de ce sommet, les autorités et les médias ukrainiens avaient par ailleurs fustigé des «pressions» russes sur des pays tiers pour les dissuader d’y participer.  

«La synergie de nos efforts doit forcer la Russie à s’asseoir à la table des négociations sur le retour de notre péninsule», a déclaré le président Volodymyr Zelensky à l’ouverture du forum sur la Crimée. «L’Ukraine seule ne pourra jamais faire revenir la Crimée, il nous faut un soutien efficace au niveau international [en vue de sa] libération», a-t-il ajouté, appelant notamment à «renforcer les sanctions» prises contre Moscou. 

Une quinzaine de présidents ou de Premiers ministres européens – dont ceux de la Pologne, de la Moldavie ou de la Suède par exemple – ont participé à la rencontre, tandis que des pays comme l’Allemagne, la France, les Etats-Unis et la Turquie ont dépêché des ministres ou des présidents de Parlement.

La France y était représentée par Franck Riester, le Ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité. «La France ne reconnaît pas et ne reconnaîtra pas l’annexion illégale de la Crimée et de la ville de Sebastopol par la Russie», a-t-il déclaré sur Twitter, avant d’affirmer que Paris continuera «à œuvrer en faveur du rétablissement pacifique de la souveraineté sur la Crimée».

«L’Ukraine ne sera jamais seule et la Crimée, c’est l’Ukraine», a pour sa part souligné sur place le président du Conseil européen Charles Michel. Le Premier ministre suédois Stefan Lofven a quant à lui qualifié l’annexion de 2014 de «violation arrogante de l’ordre sécuritaire en Europe». 

Une résolution commune mais pas de mesures concrètes

Les participants ont adopté une résolution commune condamnant le rattachement de la Crimée à la Russie et des «violations des droits de l’Homme» dans ce territoire ainsi que sa «militarisation» par Moscou, tout en soulignant attendre «le retour à l’Ukraine» de la péninsule. 

Les signataires n’ont cependant pas annoncé de mesures concrètes. Et nombreux étaient ceux en Ukraine qui ont constaté l’absence de poids lourds européens tels qu’Emmanuel Macron et Angela Merkel.

Cette dernière a par ailleurs accusé la Russie d’être engagée dans le conflit qui a lieu dans la région ukrainienne du Donbass. «La Russie n’est même pas citée dans les accords de Minsk», a réagi Dmitri Peskov en faisant référence à un accord signé le 5 septembre 2014 par les représentants de l’Ukraine, de la Russie, de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Lougansk pour mettre fin à la guerre en Ukraine orientale. Le porte-parole de la présidence russe a commenté la situation comme suit : «[Cet accord] cite les parties en conflit, et la Russie n’a rien à voir avec les parties du conflit. Il ne faudra donc pas dire des choses non fondées, il faut toujours se référer à ces accords.»

La veille du jour où s’est tenu le forum, la chancelière allemande était  à Kiev où elle a tenté – sans succès – de rassurer le président Zelensky qui craint que les intérêts gaziers des pays d’Europe de l’Ouest prévalent sur leur soutien à l’Ukraine. Il s’est néanmoins félicité le 23 août de la création d’une «coalition internationale en vue de la libération de la Crimée» et a appelé la Russie à «corriger son erreur historique tragique». 

Il n’y a pas d’occupation, la péninsule a rejoint la Russie par la volonté de ses habitants et vit et prospère en tant que partie intégrante de la Russie depuis maintenant huit ans

Le député russe Léonid Sloutsky, qui préside une des commissions de la Douma – la chambre basse du parlement russe – chargée de politique extérieure, a qualifié ce sommet de projet «populiste» du gouvernement ukrainien qui est d’ores et déjà «mort-né» en termes de résultats, comme le rapporte Le Figaro. «Il est inutile de discuter des questions de « désoccupation » de la Crimée […] Il n’y a pas d’occupation, la péninsule a rejoint la Russie par la volonté de ses habitants et vit et prospère en tant que partie intégrante de la Russie depuis maintenant huit ans», explique le parlementaire sujet à des sanctions américaines et européennes depuis 2014, avant de mettre en garde sur le fait que «toute discussion sur son aliénation sera perçue comme une tentative d’atteinte à l’intégrité territoriale de la Fédération de Russie».

Le responsable du programme de politique intérieure russe au centre Carnegie de Moscou Andreï Kolesnikov a quant à lui estimé que le forum «ne retient guère l’attention en Russie». «La Russie n’abandonnera jamais la Crimée et se tiendra à cette position comme à un socle de ciment. C’est même la base d’un consensus dans la société», a affirmé l’expert au quotidien parisien.




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