Le nationalisme vaccinal favorise l’émergence de variants


Est-on face à une épidémie d’égoïsme vaccinale ? La vaccination contre le Covid-19 avance à une vitesse inouïe et déjà cinq milliards de doses ont été administrées sur la planète. Cependant, la répartition de ces vaccins reste très inégale : alors que dans les pays au revenu élevé le taux de vaccination est de 111 doses pour 100 habitants, il est seulement de 2,4 doses pour 100 habitants dans ceux au faible revenu. Une situation qui risque d’empirer si d’autres pays suivent la décision d’Israël et des États-Unis d’administrer une troisième dose à une grande partie de leur population. Pourtant, ce nationalisme vaccinal qui vise à protéger les populations des pays riches du variant Delta pourrait s’avérer un très mauvais calcul à long terme. Selon une étude publiée le 17 août 2021 dans Science, cela pourrait favoriser l’émergence de variants résistants au vaccin dans le reste de la planète, qui finiraient par arriver dans ces pays ultra-vaccinés, rendant inutiles leurs efforts de vaccination.

Pression de sélection chez les personnes ayant été infectées

Cette étude a modélisé l’évolution de la pandémie en fonction du partage des vaccins, montrant que laisser circuler le virus à des niveaux élevés dans des pays peu vaccinés pose un risque très réel d’émergence de variants. “Quand on est infecté, le virus se reproduit dans notre corps et il peut faire des erreurs, créant des mutations. Quand on n’a aucune immunité contre le virus, c’est-à-dire qu’on n’a pas été infecté auparavant et qu’on n’a pas été vacciné non plus, il n’y a pas de raison pour que ces mutations soient sélectionnées, car il n’y a pas de pression de sélection. À l’autre extrême, si on a une très bonne immunité grâce à la vaccination ou à une infection récente, le virus est contrôlé rapidement et il ne peut pas muter davantage. Mais au milieu de ces deux situations, quand on a une immunité partielle à cause d’une infection moins récente ou à une vaccination incomplète, cette immunité n’empêchera pas le virus de muter et celui-ci aura un réel avantage à développer une résistance contre cette immunité. C’est là, à cause de cette pression de sélection, que des variants résistants peuvent émerger, explique à Sciences et Avenir Caroline Wagner, première auteure de l’étude. Et il est plus probable que l’immunité générée par la vaccination dure plus longtemps que celle après une infection, donc c’est principalement chez ces personnes qui ont été infectées, mais qui ne sont pas vaccinées que ce risque est majeur.”

Selon les auteurs, une bonne partie des pays les plus touchés par la pandémie sont très peu vaccinés, comme le Pérou ou l’Afrique du Sud. Cela crée une situation idéale pour l’émergence de variants, où beaucoup de personnes ont une immunité partielle contre le virus. Si l’épidémie y repartait à des niveaux élevés et que ces personnes étaient réinfectées, la pression de sélection dans ces populations serait un déclencheur suffisant pour générer des variants résistants à l’immunité, et donc aux vaccins.


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