La peur pour les femmes afghanes | International | DW

Les femmes afghanes et les hommes qui croient en l’égalité des sexes affichent leur pessimisme. Malgré un discours des talibans qui se veut modéré, avec notamment la possibilité qui a été donnée aux filles dans certaines régions de continuer à aller à l’école, beaucoup d’Afghans et de défenseurs des droits humains se méfient : la condition féminine risque de nouveau de beaucoup se détériorer.

Des cauchemars anciens

« Ces derniers jours, nous n’avons presque pas fermé l’œil. » Waslat Harat-Nazlimi dirige les programmes de la Deutsche Welle pour l’Afghanistan. Pour l’instant, a-t-elle raconté à nos confrères du Tagesschau, le journal télévisé allemand, la ligne gouvernementale n’est pas claire.

Ces derniers jours, d’une région à l’autre, les talibans ont été plus ou moins permissifs vis-à-vis des petites filles et des femmes.

A Herat, le 18 août, des petites filles ont été autorisées à se rendre à l'école

A Herat, le 18 août, des petites filles ont été autorisées à se rendre à l’école

« Mais les femmes se méfient, explique Waslat Harat-Nazlimi. Elles n’ont pas oublié ce qui s’est passé il y a une vingtaine d’années : les pendaisons, les femmes exécutées dans des stades… tout ça, on ne peut pas l’oublier. C’est pour ça que les gens ne croient pas aux promesses [des talibans]. »

Menaces de mort

La députée afghane Farzana Kocheh a témoigné elle aussi sur la chaîne allemande ARD. Elle raconte que les talibans ne supportent pas qu’elle fasse part de ses doutes.

Ils lui demandent : « Pourquoi dites-vous ça ? Nous avons un avenir, maintenant, tout ira bien. » Et quand elle rétorque que non, elle ne croit pas que la situation va s’améliorer sous les talibans, elle reçoit des menaces de mort de la part de gangs armés.

On lui dit qu’elle n’est plus députée désormais et qu’on saura la retrouver dans Kaboul. Farzana Kocheh souligne le fossé qu’il y a entre le discours rassurant des talibans, en partie tourné vers l’international, et la réalité dans le pays.

L’effacement des femmes de la vie publique

Un scepticisme partagé par Hosna Jalil, dans une interview à la DW. Elle a été, en Afghanistan, ministre adjointe à la condition féminine et ministre-adjointe de l’Intérieur et témoine de l’histoire de sa mère, médecin.

Patrouilles de combattants talibans dans les srues de Kaboul, le 17 août 2021

Patrouilles de combattants talibans dans les srues de Kaboul, le 17 août 2021

 « Elle a été autorisée à travailler sous les talibans en tant que gynécologue. Mais cela ne suffit pas. Qu’en est-il des femmes dans le secteur de la technologie, de la présence des femmes dans les médias, dans le sport et de nombreux autres secteurs ? Sans oublier la présence des femmes dans le secteur de la sécurité, c’était une réussite. Mais les talibans ont déjà commencé à obliger les femmes à quitter leur poste. »

Quand ils montreront leur vrai visage…

Hosna Jalil s’inquiète des premières décisions prises depuis le retour des talibans au pouvoir : « La première chose qu’ils ont faite, lors de la prise de contrôle de la télévision nationale, c’est de changer la présentatrice, une journaliste très professionnelle. Ils l’ont remplacée par un homme. Alors non, la politique des talibans n’a pas changé, bien qu’ils soient sous pression, peut-être à cause de la communauté internationale. Et j’ai peur du jour où l’Afghanistan sera à nouveau oublié par le reste du monde. »

Ce jour-là, ajoute Hosna Jalil, les talibans montreront aux Afghans leur vrai visage.

Son espoir, ce sont les jeunes. Ils ont appris, ces vingt dernières années, à exprimer leur opinion, ils ont connu une ère plus démocratique. Alors certains estiment, comme Hosna Jalil, que les résistances, au sein de la société afghane, seront plus fortes en 2021 que la première fois que les talibans sont arrivés au pouvoir, en 1996.




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