L′espoir d′une reprise du procès Chebeya en RDC | Afrique | DW

Nouvelle arrestation dans l’affaire Chebeya, du nom de ce militant de l’ONG La Voix des sans voix, assassiné avec son chauffeur, Fidèle Bazana, en juin 2010.

L’affaire avait déjà été relancée en 2021 par les témoignages, notamment sur notre antenne, de personnes qui reconnaissaient avoir participé à ce double assassinat. L’un de ceux qu’ils désignaient comme leur complice, Doudou Ngoy Ilunga, vient d’être transféré à Kinshasa. Ce qui redonne de l’espoir aux familles et aux défenseurs des droits humains pour la reprise du procès, avec, cette fois, une mise en cause de John Numbi.

Onze ans de cavale

La cavale de Doudou Ngoy Ilunga aura duré onze ans. Elle a trouvé son terme mardi [24.8.21] dans une banque de Lubumbashi, alors qu’il était venu retirer sa solde.

Doudou Ngoy Ilunga a toujours nié son implication dans l’élimination du militant des droits humains et de son chauffeur. Mais Hergile Ilunga, témoin de ces assassinats, a assuré qu’il était présent dans le véhicule où a eu lieu le crime.

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Doudou Ngoy Ilunga a d’ailleurs été muté hors de Kinshasa au lendemain de la mort de Floribert Chebeya.

« Dernièrement, il était ici, à Lubumbashi, et stationné à la frontière avec la Zambie dans le bataillon Simba », confirme Hubert Tshiswaka Masoka, avocat et directeur général de l’Institut de recherche en droits humains, basé à Lubumbashi.

Rostin Manketa se félicite de l’interpellation et du transfèrement à Kinshasa de Doudou Ngoy Ilunga. Mais le directeur de la Voix des sans voix, l’ONG de Floribert Chebeya, reste prudent. Il rappelle qu’il s’agit « de la quatrième arrestation après celle de Christian Ngoy Kienga Kienga, de Jacques Mugabo et, tout récemment, du général Djadjidja. »

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S’il salue « de grandes avancées », il souhaite surtout « la reprise du procès en vue de lutter contre l’impunité des crimes touchant les défenseurs des droits humains en République démocratique du Congo.« 

Pour une reprise du procès

Or, Rostin Manketa appelle à la vigilance tant que cette reprise n’a pas eu lieu « parce que, dit-il, nous ne souhaiterions pas apprendre un de ces quatre matins que les personnes qui avaient été arrêtées se sont évadées ou bien se sont donné la mort dans le but tout simplement d’effacer les traces. »

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Hubert Tshiswaka Masoka confirme que cette nouvelle arrestation redonne « beaucoup d’espoir, et pas seulement aux familles biologiques des victimes ».  Mais d’une reprise du procès avec cette fois un prévenu haut placé : l’ancien chef de la police, le général John Numbi, considéré comme le commanditaire principal des assassinats.

Nouveaux éléments contre le commanditaire

« L’auditeur militaire de la Haute cour supérieure est en train d’instruire ce procès sous de nouveaux aspects qui n’ont pas été éclairés. Après le procès en appel, on a décidé de poursuivre les investigations pour éclairer les zones d’ombre », résume Hubert Tshiswaka Masoka qui poursuit : « Il y a beaucoup de présomptions, de gens qui disent que c’était le général John Numbi qui était à la tête [commanditaire principal de ces assassinats] et nous, comme défenseurs des droits de l’Homme, nous appelons et encourageons le ministère public à aller jusqu’au bout pour que nous soyons fixés dans cette affaire. »

Floribert Chebeya (archive familiale)

Etablir les responsabilités pour rendre justice à Floribert Chebeya et Fidèle Bazana

Hubert Tshiswaka Masoka insiste sur le fait qu’il s’agit bien de la suite de la procédure engagée.« Sinon la défense du général John Numbi va tout de suite évoquer le principe général de droit « Non bis in idem » ça veut dire qu’on ne peut pas juger une affaire deux fois. Il s’agit plutôt de poursuivre les investigations car il y a de nouvelles pistes qui donnent beaucoup de nouveaux éléments. (…) et particulièrement [avec les arrestations de] toutes ces personnes qui étaient en cavale, cachées quelque part, dont une au Sénégal – il y en a déjà quatre en détention, à la disposition du ministère public et qui lui ont donné beaucoup de nouveaux éléments [ce] qui nous donne beaucoup d’espoir pour savoir ce qui s’est exactement passé le 1er juin 2010. »

Les proches victimes accusent John Numbi d’avoir tendu un piège à Floribert Chebeya en le convoquant dans son bureau le 1er juin 2010, la veille du jour où l’on a retrouvé son cadavre, un rendez-vous que nie John Numbi.

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La veuve de Floribert Chebeya a déclaré en juin à la DW : « Si la justice a besoin d’arrêter John Numbi peu importe l’endroit où il se cache, […] s’ils ont la volonté de l’arrêter, ils vont l’arrêter. Nous attendons que justice soit faite. »

John Numbi doit rentrer au pays pour s’expliquer

Hubert Tshiswaka Masoka développe :« Nous avons espoir qu’un jour John Numbi ait l’occasion de s’expliquer devant la justice pour donner sa version des faits. ((Nous encourageons ses avocats à le convaincre de venir pour s’expliquer. Nous savons qu’il a été le commanditaire mais il a commencé par contester l’auditeur militaire près la Haute cour supérieure. »

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Il encourage malgré tout le général Numbi à rentrer « et à affronter la justice afin de fixer la RDC et toute la communauté internationale sur l’assassinat de ces deux grands défenseurs des droits humains. »

Lors des deux premiers procès de 2011 et 2015, John Numbi n’avait été auditionné que comme témoin. Sous sanctions américaines et européennes pour violation des droits humains durant la présidence de Joseph Kabila, le général Numbi a été démis de ses fonctions d’Inspecteur général de l’armée en juillet 2020 par le président Félix Tshisekedi.

 

Il vivrait désormais en exil au Zimbabwe. Il ne s’est pas présenté, en mars dernier, à la convocation de la justice congolaise qui lui reproche quatre infractions : assassinat, association de malfaiteurs, désertion à l’étranger et recel de malfaiteurs.

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Que justice soit faite

Son prochain procès devra sans doute se tenir par contumace. Mais Rostin Manketa, de la Voix des sans Voix, estime que sa présence n’est pas absolument nécessaire. « Que le général John Numbi soit là ou pas, nous avons besoin de ce procès pour que toutes les responsabilités soient établies. »

Il conclue : « Le plus important pour nous est que ce procès puisse établir à la face du monde que le général John Numbi est bel et bien le donneur d’ordre ((et qu’il fait partie de cette association de malfaiteurs qui ont impunément bafoué le droit à la vie de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana et qui les ont soumis à une torture atroce et indicible. Qu’il soit là ou pas, je crois qu’un jour il finira par devoir répondre de ses actes. »

Plus d’une centaine d’ONG et de mouvements citoyens se sont mobilisés ces dernières années pour réclamer un procès.

L’affaire Chebeya-Bazana est devenue un symbole de la lutte contre l’impunité en RDC.

 




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