Gambie: Jammeh-Barrow, une alliance d′intérêt? | Afrique | DW

Exécutions extrajudiciaires, détentions arbitraires, disparitions forcées d’opposants, recours systématique à la torture : de 1994 à 2016, Yahya Jammeh a dirigé la Gambie en utilisant toutes les méthodes d’une dictature.

Un an après son départ en exil en Guinée Equatoriale, des organisations de défense des droits de l’Homme, tant nationale qu’internationale, avaient lancé une campagne pour que l’ancien président gambien et d’autres dignitaires du pouvoir soient traduits en justice.

Désormais à Banjul, la capitale, de nombreux Gambiens craignent que le président Adama Barrow se compromette en s’associant à Yahya Jammeh.

 » Pour moi, c’est une trahison envers le peuple gambien, je suis déçu comme tous les autres Gambiens, » s’exclame un habitant de la capitale.

 » Barrow ne devrait pas être surpris s’il perd les élections à cause de cette alliance «   prévient un autre gambien. 

Mais pour Fatou Jagne Senghore, directrice de la branche Afrique de l’Ouest de l’association Article 19, ce rapprochement était prévisible car l’actuel président gambien a besoin d’asseoir sa base électorale. «  Il a été élu sous un ticket indépendant, il n’a pas de parti, c’est cette année qu’il a lancé sa formation politique qui est jeune. Et comme il a renoncé à respecter ses obligations et ses promesses de rester trois ans et de ne pas faire un deuxième mandat, aujourd’hui il se retrouve dans une situation où une bonne partie de la population gambienne l’a désavoué du fait qu’il n’a pas respecté sa promesse électorale en 2016. Donc aujourd’hui, il s’agit d’un mariage d’intérêt à des fins électoralistes, «  analyste Mme Senghore.

Des réparations coûte que coûte

Au-delà de l’aspect électoral, il y également le volet juridique à propos des crimes commis par l’ancien président gambien. Cette annonce met en doute la volonté des dirigeants actuels de le poursuivre pour des violations présumées des droits de l’Homme.

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Reed Brody, membre de la Commission internationale des juristes a travaillé sur les crimes commis par l’ancien président gambien Yahya Jammeh et il rappelle que si la Gambie ne le poursuit pas, d’autres juridictions pourraient prendre le relais. « Si la Gambie décidait de ne pas le poursuivre, d’autres pays qui ont perdu des citoyens tel que le Ghana, le Nigeria ou encore le Sénégal pourraient agir mais aussi la Cour pénale internationale. Il faut savoir que le nouveau procureur de la Cour pénale internationale a récemment dit qu’il fallait qu’il y ait justice pour les crimes commis sous Yahya Jammeh. Donc cela ne dépend pas seulement du gouvernement de la Gambie «  insiste Mr. Brody

Lire aussi:Gambie : des manifestants exigent le départ d’Adama Barrow

Le rapport final de la Commission Vérité, réconciliation et réparations, mis en place par le gouvernement gambien, est très attendu par les ONG qui espèrent que la commission recommandera que Yahya Jammeh soit poursuivi par la justice dans son pays.

D’autant plus qu’Adama Barrow a fait savoir qu’il attendrait les recommandations de la commission pour éventuellement réclamer des poursuites judiciaires contre son prédécesseur.

Initialement prévu au mois de juillet, le rapport final sera rendu au président gambien le 30 septembre.




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