A Moorea, les soignants tentent d’apprivoiser le traumatisme du covid-19


Une file de malades qui déborde jusque sur la route, des patients qui ne peuvent pas être envoyés en réanimation à l’hôpital de Papeete faute de place et des morts: les soignants de Moorea tentent d’apprivoiser leur traumatisme, mis entre parenthèses lors du pic de l’épidémie de Covid-19 qui semble passé.

Sous le préau situé au coeur du petit hôpital de Moorea, des soignants se confient à un groupe de professionnels de la santé mentale, au moment où le nombre d’hospitalisation commence à baisser en Polynésie, leur laissant un peu de répit.

De l’autre côté de la route, le lagon. Le cadre ressemble à une carte postale, pourtant le centre hospitalier de proximité, situé sur une île au large de Tahiti, a vécu une situation de « guerre » avec l’explosion de l’épidémie de Covid.

« Nous avons été envoyés dans le cadre des cellules d’urgence médico-psychologiques (CUMP) pour donner un appui, donner des cellules d’écoutes, donner des soins parfois, aux professionnels qui pilotent la crise ou qui sont pris dans la crise sanitaire », explique Charles-Henri Martin, psychiatre au centre hospitalier bordelais de Charles Perrens, référent de ce groupe venu en Polynésie avec la réserve sanitaire.

Ils sont venus transmettre leurs compétences aux soignants de l’hôpital pour mieux accueillir les familles, mais également pour leur permettre de parler de la situation de crise qu’ils ont traversée.

« Le but, c’est justement de faire de la prévention par rapport au risque de stress post-traumatique, après un événement majeur, un événement de vie potentiellement traumatisant. L’idée, c’est que l’intervention précoce, faire du déchoquage émotionnel, vider son sac, entre guillemets, faire de la régulation des émotions, des pensées, peut réduire le risque de stress post-traumatique », chez les soignants.

– Pas d’anonymat –

« On n’est pas dans l’anonymat des grandes villes » et une grande partie du personnel soignant comme paramédical fait souvent partie de la famille élargie des malades et de ceux qui décèdent, explique le médecin responsable de l’hôpital Philippe Biarez aux psychiatres venus pour la journée qu’à Moorea.

« En Polynésie, tout le monde se connaît et on est pratiquement tous en famille, même en étant soignants », confirme Emma Lenoir, infirmière et cadre de l’hôpital, à l’issue de la rencontre.

Pour autant, il reste difficile au personnel de l’hôpital de partager ce qu’il a traversé car « il y a un autre acteur en jeu, c’est l’éducation en Polynésie » et se confier n’est pas évident.

D’ailleurs, les membres du personnel n’ont pas répondu à l’appel quand l’hôpital a proposé les services d’une psychologue.

Une aide soignante confie anonymement que c’est « la religion » qui l’a aidée à traverser cette épreuve.

Pour faire venir les soignants, c’est l’argument du « transfert de compétences pour être plus performants » dans l’accueil des malades et des familles, et celui de dire que « pour bien accueillir les familles, il faut être bien soi-même » qui a porté, explique le Dr Biarez.

C’est « une porte d’entrée pertinente » pour s’adresser aux personnes qui ont travaillé à l’hôpital pendant cette période: des femmes de ménages aux ambulanciers car « tout le monde soigne ici », souligne-t-il.

« On a partagé nos vécus sur ces deux dernières semaines et la prise en charge des patients Covid, et de leurs familles face à la mort », témoigne Mme Lenoir.

« Ces 15 derniers jours ont été difficiles, parce que comme je le disais au psychiatre, moi j’ai pas eu de formation de psychologue. Ma prise en charge, c’est une prise en charge naturelle, en étant Polynésienne, comme on se connaît déjà, j’ai plus partagé, j’ai plus écouté ».

La Polynésie française a connu au mois d’août un nombre de décès, toutes causes confondues, 4,5 fois plus élevé que la moyenne mensuelle entre 2015 et 2019.

Au total, 590 décès ont été recensés entre le 1er et le 31 août, alors que cette collectivité n’avait pas connu plus de 179 décès mensuels depuis 1983.


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